Première période : 1945-1961

C'est d'abord par la filière de l'engagement social envers les loisirs physiques des jeunes qu'est né le Département d'éducation physique de l'Université Laval. Dès 1945-46, alors qu'elle termine ses études en sciences sociales à l'Université Laval, la jeune finissante Louise Dumais, déjà impliquée dans les oeuvres de loisir, est approchée par son doyen, le père Henri Lévesque, pour élaborer un programme de formation des moniteurs de loisirs, en réponse au besoin exprimé par l'abbé Alfred Leblond, fondateur de l'Oeuvre des terrains de jeux (OTJ) de Québec.

 

Elle crée donc et dirige de 1945 à 1949 le premier programme francophone de formation de moniteurs de loisirs en milieu universitaire rattaché au Service extérieur d'éducation populaire de la Faculté des sciences sociales. Fondatrice, l'année suivante, de la Section d'étude des loisirs communautaires au Conseil central des œuvres de Québec, elle dresse un inventaire de toutes les organisations préoccupées par les loisirs des jeunes de Québec en décrivant leurs ressources humaines et matérielles, leurs programmes, leurs besoins, etc.


Madame Louise Dumais, première directrice.

Il ressort de ces travaux la nécessité de structurer plus fermement les organismes existants et surtout de donner une formation professionnelle à ceux et celles qui en assument la direction. Parallèlement à ces travaux, une étude entreprise en collaboration avec la Faculté de médecine révèle le manque de résistance à l'effort des enfants fréquentant les terrains de jeux.

 

Ces faits incitent Mme Dumais à proposer la création d'un comité d'étude composé d'elle-même, de Mgr Alphonse-Marie Parent (secrétaire général de l'Université), du Dr. Claude Vézina (doyen de la Faculté de médecine), du Père Henri Lévesque (doyen de la Faculté des sciences sociales) et de M. Arthur Tremblay (assistant-directeur de l'École de pédagogie et d'orientation). De leurs discussions naît, en 1947, le projet de création d'un Institut d'éducation physique et de loisirs à l'Université Laval destiné à former des éducateurs spécialisés en éducation physique et en organisation des loisirs. Le Conseil universitaire approuve le projet à sa séance du 1er décembre 1948. (facsimile)

 

Le projet ne voit pas le jour à cause des dissensions politiques entre les gouvernement fédéral et québécois sur le financement universitaire. Il reprend forme modestement comme Section éducation physique et récréative rattachée à l'École de pédagogie et d'orientation en 1952, sous la direction de Louise Dumais.

 

Pendant les deux premières années, les cours se déroulent seulement aux sessions d'été. En 1954, différents cours sont intégrés à l'enseignement régulier du baccalauréat en pédagogie - spécialisation éducation physique - mais dans seize locaux différents du Vieux-Québec : le gymnase du Petit Séminaire, l'édifice de l'École de pédagogie et d'orientation (le 71, rue d'Auteuil), les Plaines d'Abraham, la piscine du Palais Montcalm, etc. En 1958, on transforme la Section en Département d'éducation physique et récréation que l'on installe, en 1960, dans les locaux du Centre des loisirs Saint-sacrement (le 1310, rue Garnier).


L'accès au gymnase du Petit Séminaire.

Cette période peut être qualifiée de «pionnière». Tout est à faire: programme, recrutement du personnel et des étudiants, locaux, équipements, documentation, recherche. La formation se veut polyvalente: l'éducation physique scolaire et le monde des loisirs. La période est marquée par le support indéfectible de Mgr A.M. Parent, secrétaire général puis recteur de l'Université et, en fond de scène, par les tensions sociales entre les gouvernements fédéral et provincial sur la question de l'enseignement supérieur et entre l'Église et l'État sur le contrôle des organismes de loisirs et de jeunesse. Fondatrice, Mme Louise Dumais assume la direction de la Section puis du Département jusqu'en 1961.

 

 

 


Le Centre des loisirs Saint-Sacrement.

 

Seconde période: 1961-1971 

Cette décennie est marquée de changements importants. Trois professeurs assument successivement la direction du Département: MM Rock Roy (1961-1965), Benoît Roy (par intérim, 1965-66), et Jean Brunelle (1966-69). Durant cette période, on abandonne le volet «loisir» dans la formation et dans le libellé du département qui se nomme dorénavant Département d'éducation physique qui intègre la nouvelle Faculté des sciences de l'éducation en 1964.

 

On réduit la dispersion des locaux en occupant tout le Centre des loisirs Saint-Sacrement (1310, rue Garnier) : administration, bureaux de professeurs, gymnase, piscine, salle de musculation et de combat sont réunis sous un même toit, réduisant les déplacements des étudiants.

 

Conçus à l'époque de la direction de Mme Dumais et déposés en 1965, les premiers plans du projet de construction d'un Pavillon de l'éducation physique sur le nouveau campus sont considérés insuffisants par l'équipe des professeurs pour les besoins anticipés des prochaines décennies. Ayant convaincu l'administration universitaire de reprendre les devis et plans, ils élaborent de nouvelles propositions qui conduisent à la construction de l'actuel Pavillon de l'éducation physique et des sports (PEPS) entre 1969 et 1971.

 

Le Département se développe alors en harmonie avec la société québécoise qui vit les années fastes de la Révolution tranquille: le monde de l'éducation éclate et l'Université Laval y participe activement. La publication du Rapport Parent (1964) et la création d'un ministère de l'Éducation rendant l'éducation physique obligatoire au primaire, au secondaire et plus tard au collégial, donnent une nouvelle visibilité à l'éducation physique scolaire. On assiste à une augmentation des effectifs étudiants à Laval: moins de 10 en 1954, moins de 100 en 1966 et près de 300 en 1970.

Les professeurs du Département préconisent alors un premier virage idéologique vers une conception plus scientifique de l'éducation physique qui se traduit par une attention soutenue envers les activités de recherche. Ils créent en 1966 une publication pluridisciplinaire, la revue MOUVEMENT.


Troisième période: 1971-1997

Plusieurs professeurs assument la direction du département durant cette longue période: MM Fernand Landry (1969-76), Jacques Samson (1976-77), Paul Godbout (1977-80), Claude Bouchard (1981-83), Jacques Samson (1983-87), Michelle Fleury (1987-90) et Pierre Lagacé (1990-96).

 

L'inauguration du PEPS le 22 janvier 1971 constitue un fait marquant la concrétisation d'un long rêve. Le bâtiment a d'abord été conçu pour répondre aux besoins des étudiants du Département d'éducation physique: locaux de cours théoriques et pratiques, laboratoires de recherche (biologie, biomécanique, intervention, etc.), bureaux de professeurs, salle de lecture, puis aux besoins de la communauté universitaire et aussi des athlètes d'élite.

 



En 1976, le Département innove en offrant un nouveau baccalauréat pour les milieux communautaires répondant à la diversification des pratiques observée dans la société. Les options sont: (a) le plein air, (b) la préparation à la performance sportive, (c) la performance motrice humaine et (d) le conditionnement physique.

 

Les activités de recherche augmentent en nombre, en diversité et en notoriété, permettant l'ouverture d'études supérieures.

 

Plusieurs rencontres scientifiques et professionnelles tant québécoises, canadiennes qu'internationales sont organisées par les professeurs, contribuant au rayonnement de la réputation du Département.

 

Les pratiques corporelles, qu'elles soient éducatives, récréatives, hygiéniques ou compétitives, demeurent étroitement associées à la mouvance culturelle, et l'effort de développement de l'éducation physique n'y a pas échappé. Des dissensions idéologiques conduiront au départ de 12 professeurs en 1997, ouvrant ainsi un nouveau chapitre de la vie institutionnelle du Département.


Quatrième période: 1997-2002

Les professeurs Serge Talbot (1997-98), René Larouche (1998-2000) et Claude Savard(2000- ) assument la direction du Département.

 

Les trois premières années ont été marquées par la réduction importante du corps professoral (scission idéologique et retraites) et le renouvellement des deux programmes de formation de premier cycle dans un contexte général de coupures budgétaires.

 

Cette étape est trop récente pour en apprécier l'apport. On peut toutefois retenir les éléments novateurs suivants :

  • une plus grande intégration conceptuelle des deux nouveaux programmes;
  • une conception élargie de l'éducation physique s'appliquant aux milieux scolaires et communautaires et reposant sur les trois grandes missions suivantes: (a) l'éducation fondamentale (multidimensionnelle) de la personne, (b) l'éducation à la santé et (c) l'éducation à l'environnement à partir des pratiques corporelles;
  • une emphase sur la formation professionnelle;
  • le développement de compétences génériques: la communication orale et écrite, le travail en équipe, l'apprentissage autonome;
  • le développement d'une culture de collaboration avec tous les partenaires.

 

Il s'agit d'un nouveau paradigme que l'équipe des professeurs et du personnel de soutien s'efforce de réaliser et sur lequel vont se greffer de nouvelles activités de recherche.

 

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Louise Dumais, Les loisirs en ville, Le Congrès de refrancisation (21-24 juin 1957), Tome VI, Québec, Les Éditions Ferland, 1959, p. 67.

 

Pavillon de l'éducation physique et des sports. Album souvenir, Université Laval (n.d.), (c. 1971).

 

AUL., Procès-verbaux du Conseil universitaire, 1930-1952, p. 392-393.