La salle de rencontre: espace temporel

Jacques Rhéaume

 

Une classe, une salle de rencontre, un auditorium, un théâtre, une salle multimédia et les autres termes utilisés pour désigner ce genre de pièce, tout le monde sait de quoi il en retourne au plan architectural. En fait, on connaît tellement en quoi consiste une classe qu'on pense assez peu à son évolution.

Dans tous les cas, on retrouve essentiellement une zone émettrice (scène, tribune, chœur, podium, ambon, etc.) et une zone réceptrice (salle, nef, parterre, etc.). Même quand les pupitres et les chaises sont déplacés le long du mur dans une classe, on a encore les mêmes zones mais ce sont les fonctions qui varient de lieu. Contrairement à d'autres types de locaux qui sont ouverts selon un horaire qui accommode les visiteurs, la « salle » est toujours ouverte mais c'est l'événement qui est cédulé selon le même horaire pour tout le groupe. L'espace est événementiel, il y a même des pauses dans le déroulement. Dans ce texte comme dans le « loft du prof », je me préoccupe de certains paramètres du phénomène de « salle » mais d'abord l'anecdote qui laisse voir qu'il n'est pas si facile d'innover dans ce domaine.

L'événement eut lieu en 1970 alors que j'étais en début de carrière universitaire. Je dispensais un cours de Communication sociale à une clientèle qui était venue se recycler en s'inscrivant à mon cours à l'Extension de l'enseignement de l'Université Laval. Un jour où je désirais aborder la question des axes de communication et mettre l'emphase sur l'interaction personnelle en dépit des technologies de l'époque (Début de l'époque des cours télévisés), j'ai pensé faire une mise en scène. Comme la salle était grande et les étudiants nombreux, j'utilisais déjà régulièrement un système de son comprenant un microphone pour le professeur. Cette technologie était bien acceptée et passait inaperçue. Ce jour-là, j'ai donc continué à utiliser mon micro. Cependant, je venais de recevoir une caméra et un moniteur vidéo. Rappelons-nous qu'en ce temps-là les magnétoscopes étaient rares, les caméras de surveillance encore plus rares. Les étudiants n'étaient donc pas rompus à cet environnement technologique. J'installe donc à la place du professeur, une caméra sur trépied. À trois mètres de là dans un petit local où on plaçait le matériel d'enseignement hors d'atteinte des étudiants, je voyais toute la classe dans le moniteur. À l'heure où le cours commence, je prends la parole, je fais distribuer des notes mais le groupe ne me voit pas. La classe est attentive, on me cherche et j'explique au micro l'expérience qui s'inscrivait précisément dans le contenu du cours du jour. Mais certains ne semblent même pas satisfaits de m'entendre parce qu'ils ne me voient pas. En désespoir de cause, une personne va même au secrétariat pour demander si le cours doit bien se donner, si je suis présent quelque part. Le doyen lui-même qui passait par là a accompagné cette personne jusqu'à la salle de cours et lui a signifié que le cours se donnait effectivement puisqu'il m'entendait très bien à travers les murs. Je finis par me montrer dans la classe mais j'ai déstabilisé tout le monde, la plupart ont compris avec les explications verbales mais certaines personnes furent bouleversées. Pourquoi dans le corridor, on était certain que je donnais un cours, car même le doyen a reconnu ma voix, et pourquoi dans la classe, au moins une personne n'a jamais compris que le cours a commencé à l'heure prévue, sans parler des septiques immobiles? Effectivement, j'ai dû recommencer toutes les explications car l'axe d'interaction qui prévaut dans les communications orales n'avait pas été respecté. Une génération plus tard, est-ce que les choses ont vraiment changé? Est-ce qu'on est prêt à modifier notre image mentale de la classe?

L'anecdote enseigne plusieurs choses. D'abord, la classe est un lieu d'interaction humaine en direct, « live » comme on le superpose à l'écran de la télévision. Pour avoir une « vraie » classe, il faut au moins la présence d'un professeur, on est loin du téléapprentissage. On a beau ajouter de l'audiovisuel, des présentations informatisées, le cours, la pièce de théâtre ou le concert commencent quand les participants sont sur place pour leur performance. Une activité en classe ou en salle se déroule en un même lieu, en un même moment. On pourrait ajouter en « face à face » ou plus péjorativement quand on pense à des variantes pédagogiques et technologiques avec « a sage on the stage », pas le « guide on the side » qui remplacerait le « sage » dans des environnements interfacés.

Plusieurs paramètres sont en cause dans le face à face événementiel et l'atelier est précisément bien choisi pour expérimenter des variantes sur certains paramètres. La salle doit être relativement bien isolée de bruits ambiants, sinon, toute l'activité est perturbée. À l'intérieur, on doit surveiller, l'air, la chaleur, l'humidité, la propagation du son, l'éclairage pour la prise de notes, la luminosité des documents projetés, la sécurité de tous les participants, la propreté des lieux et les meubles du tableau à la chaise. Supposons que ces paramètres sont relativement bien respectés, sinon l'événement serait annulé de toute évidence. Il reste cependant des variables de communication où des nuances s'imposent. Or la plupart de ces variables dépendent du professeur, de l'orateur, de l'acteur ou du lecteur.

Le professeur et le son

Pour enseigner, il faut savoir parler, avoir un peu de talent naturel, une bonne articulation. Désolé de vous décevoir mais si vous avez une voix gargarisée au « vallium », une gorge embarrassée, une prononciation molle, avant même d'avoir quelque chose à dire, de grâce, changez de métier, vous n'avez même pas les qualités nécessaires pour contester en public. Vous feriez un excellent personnage privé. Il faut être dur et sans pitié à ce niveau parce que bien des personnes surévaluent leurs capacités oratoires. Passe encore pour le bégaiement, si au moins la voix est suffisante. L'erreur la plus entendue, c'est que l'auditoire s'habitue à mon filet de voix et prête l'oreille. Voilà précisément le problème. L'attention portée au décodage de la parole n'est plus disponible pour la compréhension de la part des auditeurs. Alors misons sur des qualités de base essentielles. Évidemment cela doit s'ajouter aux autres qualités humaines du communicateur car on ne dit pas qu'une belle voix suffit, on dit que cela est nécessaire en classe comme sur scène.

Le professeur doit parler pour la dernière rangée de pupitres où il y a des auditeurs. S'il a de la difficulté à saisir les questions des étudiants, il doit retourner la question et se demander si les étudiants, à leur tour, ont de la difficulté à saisir ses propos. On a besoin d'encore plus de son si on échange dans une langue seconde, c'est donc un facteur aggravant.

Dès que le professeur sent que sa voix ne remplit pas l'espace, il doit recourir à l'amplification qui apporte une solution mais aussi qui ajoute des contraintes. Si le lieu est muni d'installations permanentes, tant mieux, c'est déjà un signe que l'amplification peut être nécessaire.

Comment reconnaître le mauvais technicien

Comment reconnaître le mauvais orateur au micro

Il place le micro près des haut-parleurs et engendre le feedback.

Il vérifie un micro en l'avalant et en disant « 1,2,3, test ».Un micro doit être utilisé entre 15 et 20 centimètres s'il n'y a pas de preneur de son sur place. Pour ajuster sa voix à une amplification, on doit parler pendant près d'une minute pour apprécier la réverbération, le niveau, l'intelligibilité et s'ajuster en conséquence.

Avec un micro sans fil, il n'a pas changé la pile avant l'événement.

Le fil est trop court pour les déplacements, les supports font basculer les micros par terre, faute de poids ou de contre-poids.

Il augmente le gain d'une entrée micro jusqu'à ce qu'elle sille, surtout devant l'auditoire.

Il ne se prépare pas d'avance, il attend que le trouble survienne et croyez-moi, il survient.

Il joue avec les volumes des micros pendant l'événement.

Il va même ajuster le micro de l'orateur pendant son discours, bref, il se montre inutilement car le bon technicien passe inaperçu.

Il diminue son timbre de voix parce qu'il a un micro. Il n'articule pas. Le micro amplifie mais n'améliore pas l'orateur. La technologie ne dispense ni de l'effort ni du talent.

Il se penche sur le micro, fait « péter » les labiales et ne change rien pour la suite de son discours, donc il ne s'écoute pas.

Il change le micro de position, ce qui est rarement une solution. Le professionnel utilise un micro naturellement, comme s'il n'existait pas.

Il joue inutilement avec le micro pour se donner de la prestance. C'est la distance au micro qui compte, en pratique, il vaut mieux le garder plus bas que trop haut, question de ne pas cacher l'orateur.

Il n'a pas essayé le micro avant l'événement.

En cas de feedback, il touche la capsule du micro qui crie davantage car il oublie le principe du micro directionnel.

Il ne reconnaît pas les divers types de micros. (Condensateur, dynamique, zone de proximité) Il ne connaît pas les patrons de sensibilité des micros (cardioïde, omnidirectionnel, bidirectionnel)

Bref, il ne comprend pas les mots directionnel, feedback, il n'a jamais étudié le phénomène de l'amplification sonore, pourtant une nécessité non seulement pour les techniciens mais pour tous ceux qui parlent au micro.

Si le lieu n'est pas muni de système d'amplification, la situation est plus délicate et dépasse souvent la spontanéité du professeur, il faut une intervention spécifique, souvent une solution passe partout moyennement adaptée mais parfois nécessaire et agréable.

Le professeur et l'axe de communication

Une salle comprend une zone de parole et une zone d'écoute. C'est une situation de face à face que l'on doit respecter. Le professeur peut bouger mais doit rester visible car les oreilles sont orientés par les yeux chez les humains.
Test d'axe de communication
Dans une rencontre où les personnes sont nombreuses et parlent en groupe, essayez de regarder une personne, vous allez facilement la comprendre même si elle est en dehors de votre groupe. Une autre fois, dans un même événement, essayez, les yeux fermés de relever le discours d'un interlocuteur dans un autre groupe, c'est plus difficile. Ce n'est pas pour rien que les professeurs d'expérience attirent d'abord l'attention avant de parler, surtout chez les plus jeunes. Ils ont raison. Loin des yeux, loin d'apprendre!