LETTRE À MA GRAND-MÈRE
L'information et la communication sont les deux facettes d'une même réalité. D'ailleurs, même les théoriciens invitent à la confusion en parlant tantôt des technologies et des théories de l'information et tantôt des technologies et des théories de la communication. Donc traiter de l'information, c'est en un certain sens aussi traiter de la communication. Pas de psychologue, pas de technicien à l'horizon. Le champ de la communication est si vaste qu'il est impossible et inopportun de traiter de tout dans ce module où l'apprivoisement à la technologie demeure le point principal. La
communication pourrait s'intéresser aux relations interpersonnelles,
ce serait de la psychologie, domaine passionnant, sans doute, mais que
ce cours n'aborde pas. De la communication dans son approche technologique, personnelle et sociale. On s'intéresse autant aux communications interpersonnelles qu'aux communications de masse élaborées à partir des rubriques suivantes:
1A- MODÈLE DE TRANSMISSION (SHANNON ET WEAVER)
Shannon était un ingénieur qui travaillait pour Bell dans les années quarante. Sa préoccupation principale était donc technique et il s'intéressait notamment aux problèmes de transfert du signal téléphonique. Il énonça une théorie ou élabora un schéma qui décrivait ce phénomène. Il ne s'intéressait pas à ce qui se disait au téléphone, seulement à la transmission du signal. Malheureusement, on lui a reproché de ne pas s'intéresser à l'information comme telle, ce qui n'était pas sa tâche, et on a souvent levé le nez sur son schéma qui ne se préoccupe pas du sens mais seulement de l'efficacité des fils et des ondes radio. Malgré son aspect réducteur, ce schéma est devenu un classique. Toutefois, il faut éviter de lui donner une portée humaine qu'il n'a pas. Le schéma original comprend six éléments:
Pour faire bref, on dit qu'un émetteur transmet un message à un récepteur par un canal plus ou moins bruyant. Par après, Lasswell proposa une version verbale du même schéma Qui
dit quoi à qui par quel moyen avec quel effet? Plus tard, pour tenir compte du fait qu'une communication ne va pas que dans un sens, à savoir d'un émetteur à un récepteur, mais que le récepteur réagit et retourne de l'information à l'émetteur, on a ajouté un septième élément :
Shannon savait bien qu'il apportait un canevas de solution à la question technique de la communication sans aborder la question du transfert de sens (question sémantique) et de l'efficacité de la communication (question comportementale ou pragmatique). L'erreur provient probablement du fait qu'on s'imaginait à l'époque que la résolution technique améliorait les autres aspects de la communication. Pourtant, la simplicité du schéma a contribué à sa diffusion. Ce modèle est le plus populaire mais en même temps le plus critiqué.
DE E À R Dans le modèle de Shannon comme dans le modèle populaire de bien des gens, la communication est linéaire, c'est-à-dire que le récepteur est une cible passive (comme à la guerre) visée par l'émetteur. Parce que la cible réagit, réinterprète le message à sa manière et le reconstruit pour elle-même, la notion de feedback fut empruntée au monde scientifique. À leur tour, les orateurs et les émetteurs doivent se réajuster à cette interprétation des récepteurs pour parvenir à un équilibre d'ensemble. Pourtant, un tel modèle s'occupe peu du traitement qu'effectue le récepteur pour dégager du sens et de la compréhension de la communication. Il faut clairement affirmer que la signification de l'information ne relève pas du modèle de transmission. Ce modèle est technique et instrumental, comme un moyen pour parvenir à une fin. Mais toute communication n'est pas intentionnelle. On dit populairement qu'on ne peut pas ne pas communiquer, ce qui est vrai principalement entre les personnes. Avec les nouvelles technologies, on peut se demander s'il s'agit d'une communication poussée par l'émetteur, comme la radio ou la télévision, ou une communication tirée par le récepteur, comme Internet. Parmi les perceptions erronées, il faut mentionner la question de la transparence. Certains diraient que le média de communication est totalement transparent et ne modifie pas l'objet de la communication. La transparence est souhaitable dans le domaine technologique et scientifique. En effet, le téléphone transmet la voix de la même manière pour des mots d'amour ou de haine, la ligne est transparente alors. Mais dans le domaine de la communication humaine et artistique, la transparence du média est non désirée, l'instrument laisse toujours sa trace. Le message prend toujours un peu la forme du média, on s'approche de l'aphorisme de McLuhan (le médium, c'est le message). Une autre perception erronée serait de croire que le message vit isolé en lui-même en dehors de tout contexte. L'exemple le plus commun concerne la lecture et l'interprétation de l'Écriture Sainte. Les fondamentalistes, souvent sectaires, lisent la lettre au premier degré. Sans entrer dans les détails, on peut dire qu'ils ne comprennent rien à l'histoire et au sens. Le même phénomène se répète dans le domaine des traités et des contrats. Quel triste métier que de se fier uniquement à la lettre ou au chiffre. L'objectivité passe alors par la naïveté. Au contraire, le contexte est aussi important pour saisir le sens d'une communication que la communication elle-même. On pourrait se refaire un schéma en disant Qui parle avec quelle autorité, dans quel contexte à quels auditeurs pour susciter quels effets. JEU DE RÔLES: CONTEXTE ET RELATIONS
La communciation a un rôle social et le message ne possède pas que des paramètres d'informations, elle peut servir à établir et conserver le contact (pensons au téléphone aux « ouais », ces petites réactions qui conservent la circulation du sens sans grand message particulier). On appelle cette fonction, la communication phatique (Jacobson). Toutes ces fonctions sont évidemment absentes du modèle de Shannon mais elles ont de l'importance même avec de la technologie. SYNTHÈSE En
bref, le modèle de transmission convient peu à la communication
sociale, que ce soit en situation académique ou autre. Tout
le courant actuel de la pédagogie constructiviste s'éloigne
du schéma de transmission parce que le sens est bâti
en quelque sorte par tous les intervenants du système d'apprentissage,
ce qui inclut les apprenants ou les récepteurs selon le schéma.
1B- MODÈLE SÉMIOTIQUE (PIERCE)
LES SCHÉMAS ET LES MODÈLES D'après les sciences cognitives, les humains possèdent des schémas préétablis, des canevas de comportements ou des modèles de comportements qui sont évoqués selon les situations qui se présentent. L'exemple le plus souvent rapporté est celui du restaurant. Le schéma utilisé dans la restauration rapide est différent de celui qui est évoqué dans un grand restaurant. En fait, on possède des protocoles pour toutes les activités de la vie. Cela explique en partie pourquoi ceux qui n'ont jamais touché à l'informatique en ont une telle crainte. Le problème n'est pas que l'informatique soit difficile c'est plutôt que le schéma qui rassure et qui dicte le comportement n'est pas présent. La nouveauté est trop intégrale. Donc, pour un humain, le sens d'un événement ou d'une expérience provient de la reconnaissance et de la référence à ces schémas organisateurs. LA SIGNIFICATION La signification est difficile à définir mais elle consiste à faire des connnexions entre un signe perçu de quelque manière et la connaissance que l'humain possède de ce signe. Les modèles peuvent contenir la signification ou spécifier le comportement. Selon d'autres théories, la signification est construite directement dans l'esprit des émetteurs et des récepteurs. Pour d'autres aussi, le sens provient des interactions dans une communication. Pour simplifier un peu, disons que toutes ces approches servent à déterminer le sens. La sémiologie (sémiologie a un sens plus général tandis que sémiotique est utilisé si c'est un média particulier : sémiotique photographique, etc. Pour nous, les termes sont interchangeables.) étudie précisément la relation entre les modèles perçus et la signification. LE SIGNE Il est un peu normal que le modèle sémiotique repose sur la nature du signe.
Le modèle de communication sémiotique comprend trois éléments :
Le signe suggère quelque chose en autant que cette chose appartient à l'expérience, à la mémoire du lecteur. La signification provient de la relation entre
SYNTHÈSE DES RELATIONS: Le signe, l'objet et le concept établissent entre eux divers types de relations qui contribuent à faire la «communication» du sens entre ces trois pôles.
(Pierce) LES SORTES DE SIGNES Les signes peuvent être linguistiques, symboliques, iconiques et indiciels.
Le
langage partagé est toujours un préalable dans la communication
humaine. Par exemple, Internet dépend beaucoup du code linguistique
puisque chacun développe le réseau dans sa propre langue
ou en anglais qui devient un code de communication qui se mondialise.
Il n'y a pas de fumée sans feu. En effet, la fumée est un indice du feu, elle indique que le feu existe même si ce feu n'est pas perçu comme tel. Une relation physique, non arbitraire, existe entre ce signe et son référent. À l'inverse des trois autres, ce mode de signe n'est pas très utile en dehors du monde réel. 1C- MODÈLE PRAGMATIQUE (WATZLAWICK, et al. 1972) MISE AU POINT
Le modèle pragmatique est issu de l'école de Palo Alto en Californie où Bateson, Watzlawick et al. ont étudié des comportements déviants pour en extrapoler des modèles utiles. Ces approches sont pertinentes dans nos relations avec la technologie où l'interface et l'interaction contribuent à rendre la communication efficace ou frustrante entre l'humain et la machine. Dans cette perspective, c'est toujours le dysfonctionnement qui aide à faire saisir, le fonctionnement sain.
LA BOÎTE NOIRE Pendant la guerre, on saisissait à l'ennemi des appareils électriques que l'on ne pouvait ouvrir, pour les étudier, de peur qu'ils n'explosent. Dommage. Tel est le concept de boîte noire. De nos jours, on parle de boîte noire pour « oublier » toutes les particularités des circuits et des appareils pour se concentrer sur les relations avec ces appareils. Il n'est pas nécessaire de connaître tout le fonctionnement intrinsèque de la technologie pour en apprécier les effets. Il suffit de considérer ce qui entre (input) ou les informations d'entrée, et ce qui sort de la boîte noire, les informations de sortie (output). LA RÉFÉRENCE Comme, on ne considère que ce qui entre et ce qui sort, une attention particulière doit être apportée au contexte ou au cadre de référence. En effet, le lieu d'échanges et le contexte dans lequel tel message est perçu influent au plus haut point sur l'intention du message, l'apprentissage et la communication. Dans l'optique de l'apprivoisement à la technologie d'information et de communication, l'attitude de la boîte noire dans son contexte convient tout à fait. Bref, c'est la communication productive qui nous intéresse et non les techniques sous-jacentes qui supportent la communication. TROIS AXIOMES DE LA COMMUNICATION PRAGMATIQUE 1er
axiome - L'impossibilité de ne pas communiquer.
Un ordinateur pour exécuter une commande a toujours besoin de l'indice (nom) et de l'ordre (verbe). On se rappelle le « pidgin ». 2è axiome - Ponctuation de la séquence des faits. (voir la chicane, plus haut) On a déjà vu que l'interaction constitue un des paramètres importants des nouvelles technologies. Déjà entre des partenaires en discussion, l'interaction indique l'échange des messages. Si on écoute une conversation au hasard, on s'aperçoit que les messages alternent sans nécessairement savoir qui pose la question, ni qui répond ; la séquence semble ininterrompue. Si l'un des partenaires est une station de communication comme un ordinateur la situation est sensiblement semblable sauf que l'usager devrait veiller à conserver le contrôle. La nature d'une relation dépend de la ponctuation des séquences de communication entre les partenaires (Watzlawick et al, 1972) humains ou technologiques. Par exemple, dans un tutoriel la question demande une réponse qui demande un renforcement ou feedback qui commande la prochaine question, etc. 3è axiome - La communication numérique et la communication analogique
La langue avec ses mots conventionnels et ses codes en lettres est un mode de communication « digital » ou numérique. Ce phénomène de numérisation est primordial dans les technologies de l'information comme on l'a vu. L'humain comme l'ordinateur « comprennent » ce langage numérique. Par contre, on dit souvent que l'ordinateur est calme et patient, il ne comprend pas le langage analogique.
Une communication dans le schéma pragmatique comprend toujours un contenu et une relation.
Ce deuxième point au menu du module sur la communication est inspiré de McLuhan, le prophète des médias qui écrivait dans les années soixante « le médium, c'est le message ». Chacun interprétait et interprète encore cet aphorisme tantôt comme prophétique, tantôt comme une insignifiance.
L'arbre est dans ses feuilles,... Zachary Richard TOUT EST EXTENSION, OUTIL, TECHNOLOGIE, MÉDIA McLuhan nomme chaque technologie et trouve la capacité humaine que cette technologie prolonge. Le microphone et l'amplificateur servent d'extension à la parole de l'orateur ; le marteau amplifie la force de frappe du bras ; le papier et le crayon « extensionnent » la mémoire, la présence de l'auteur, etc. On pourrait continuer. Dans les propos mcluhaniens, il est parfois difficile de saisir le lien entre une fonction humaine et son extension mais avec les technologies de la communication, il semble facile de parler de prolongement. prête-moi
ta plume...(Au clair de la lune) Ces extensions humaines se présentent comme des puissances qui s'ajoutent aux capacités de base de l'individu. En fait, les ustensiles et les outils domestiques facilitent les activités ordinaires de tout individu. La scie et le marteau permettent de construire en bois mais la scie électrique et le marteau pneumatique ajoutent de la performance si la compétence de l'utilisateur est au rendez-vous. Alors la question de l'apport de l'outil ou de la technologie aux talents humains se pose. C'est le thème de tout le cours. Comment des technologies en matière d'information et de communication viennent amplifier et étendre les capacités humaines? Mais la disponibilité des technologies ne suffit pas, il faut y ajouter la compétence des usagers. Or ces technologies sont variées. Certaines comme Internet s'adressent généralement à tout le monde comme la lecture et l'écriture tandis que d'autres comme le graphisme, la photo, l'enregistrement audio et vidéo exigent des compétences et des intérêts spécifiques. Il y a quelques années, la notion de communication « broadcast » visait spécifiquement les médias de masse produits par des professionnels et destinés à tout le monde. Avec les médias à domicile, d'une part, et les réseaux comme Internet, d'autre part, chacun peut devenir un centre d'autoproduction et d'autonavigation s'il possède les talents et les technologies appropriés. Selon le concept mcluhanien, toute la technologie devient un prolongement humain comme l'écriture, la lecture, la radio, la télévision, le téléphone, l'audio, la vidéo, le cinéma et toute la brochette de technologies apportées par les réseaux.
Les technologies de l'information sont des extensions de haut niveau, d'une hauteur intellectuelle et virtuelle. Une scie électrique donne de la puissance et de la rapidité pour couper du bois mais cette puissance crée un danger, le doigt risque d'être coupé avant que la scie ne s'arrête. Avec l'ordinateur, le rapport entre la puissance et le danger est d'un autre ordre. La puissance d'information est si intense qu'il faut en même temps apprendre à s'en servir et apprendre à ne pas s'en servir. On explique. Internet permet à toute information d'entrer chez soi. Si elle n'est pas désirée, il n'est pas simple de seulement l'ignorer. Contre la violence (V-chip) et la pornographie (logiciel qui refuse certaines adresses), par exemple, on ajoute à la technologie, une autre technologie qui fonctionne en sens contraire, pour empêcher la communication. Autre exemple, quand on cherche sur Internet, il faut souvent utiliser la technologie de l'engin de recherche pour augmenter la précision dans la quête d'information spécifique. Dans les listes d'adresses sur Internet, il faut encore une technologie pour enlever son nom et protéger son intimité. Bref, l'extension des TIC est dynamique, puissante et exponentielle et on doit, en l'accueillant, accueillir aussi les technologies qui permettent d'éviter des informations pour toutes sortes de raisons. Quel paradoxe. Car l'humain possède des capacités limitées de production, d'assimilation. En conséquence, il ne faut pas se surprendre si ces effets secondaires et néfastes des communications modernes sont souvent rappelés par ceux et celles qui désirent ne pas s'exposer aux puissances technologiques. Apprivoiser les technologies ne signifie pas ignorer les effets secondaires et indésirés mais posséder aussi la compétence pour les gérer.
Les technologies de l'information sont électroniques, voire numériques, et à cet égard elles vivent et se propagent dans les fils de cuivre, les fibres optiques, les puces ou circuits intégrés et séjournent sur des supports magnétiques et optiques. On a déjà vu que l'usager humain doit contacter ces technologies par des interfaces : écrans, claviers, manettes, souris, microphones, hauts-parleurs, etc. Or ces échanges par interfaces « techomisées » doivent s'effectuer dans des temps et lieux bien réels et bien ordinaires car la communication doit bien commencer et s'élaborer quelque part sur cette terre.
Tout comme on respecte le lieu de chacun selon l'activité accomplie, la communication technologisée demande aussi des lieux ou environnements appropriés. Hélas, les environnements physiques ne se modifient pas au rythme de l'apparition des technologies. Dans les maisons de notre milieu, il y a quelques années, il n'y avait qu'un seul téléphone central mais souvent isolé pour qu'on puisse bien entendre l'interlocuteur sans être dérangé. Aujourd'hui, chaque pièce possède son téléphone et les visiteurs restent dans notre bureau quand le téléphone sonne. Une promiscuité communicationnelle. Est-ce une question d'impolitesse? Oui, mais la culture l'accepte. (Est-ce à tort? Oui.) Il ne faut pas errer dans la bulle de quelqu'un qui accomplit un acte de communication. Le téléviseur cause le même embarras. Faute de local, il se retrouve dans le salon, coupe la conversation et la sélection dépend de celui ou celle qui tient la télé-commande. La télé-commande, c'est le pouvoir. Jamais dans notre culture, le téléviseur n'a trouvé sa place. Enfin arrive l'ordinateur, où le placer? Dans un bureau, une chambre, une salle de jeu. La dynamique de la communication change selon l'endroit où il se situe. Il faudrait un ordinatoire, un lieu où la communication s'effectue. Dans les bureaux, on retrouve déjà l'ambiance désirée mais que penser de la personne qui entre dans un bureau et s'avance jusqu'à l'écran de la personne qui travaille? Une impolitesse. Jamais cette personne n'irait lire sur un bureau un papier en train d'être écrit, pourtant l'écran l'attire à l'intérieur de la bulle de l'usager. La même question se pose avec le téléphone cellulaire. L'appareil est technologiquement capable de fonctionner un peu partout mais au restaurant, on accepte des commensaux assez près de soi mais on accepte plus mal des communications technologiquement assistées par le téléphone. Pourquoi? Parce que l'environnement bulle n'est pas respecté. Cette fois, c'est l'inverse du cas précédent. C'est l'usager qui souffle exagérément sa bulle pour nous faire entendre un demi-dialogue annoncé souvent par une sonnerie qui alarme. On le voit, l'usage de la technologie supposerait des progrès dans l'acculturation à ces technologies, ce qui n'est pas toujours le cas. Pour apprendre et pour produire avec les technologies, un environnement adéquat s'impose avec une disponibilité technologique et une disposition ergonomique.
Les humains naissent, vivent et meurent dans l'espace-temps. Leurs informations et leurs communications aussi. Les plus vieilles technologies de l'information comme l'écriture, le papier, le crayon, le livre, etc. contribuaient surtout à vaincre les paramètres du temps. Elles apportaient et apportent encore des aides à la mémoire, à l'absence. Les nouvelles technologies ajoutent leur contribution surtout pour vaincre les paramètres de l'espace. Autant, il faut un environnement approprié pour produire et recevoir des activités d'information, autant ces activités servent à faire parcourir des distances à l'information ou aux virtualités des personnes. Curieusement, c'est le paramètre le plus facile à apprivoiser. Même les plus jeunes comprennent le jeu de la distance (au téléphone, par exemple) et de la présence d'un autre ordre (à la télévision, par exemple). Les plus âgés sont en voie de comprendre les enjeux des transactions et leur insécurité (avec le télé-commerce sur Internet, par exemple). Si on les discutait dans ce cours, il faudrait aborder ici les questions de la violence, de la pornographie et des intrigues révélées en mode «télé», donc à distance de sa personne. TOUT EST RENDU « TÉLÉ » Le préfixe «télé» signifie distance en grec (mais «telos» signifie fin poursuivie) et il semble que chaque technologie de la communication dispose d'une sorte de télé avec ou sans le préfixe ou d'une sorte d'électronification.
Le terme « virtuel » vient du monde de l'optique et le malheur avec tous ces termes empruntés par la technologie, c'est qu'ils sont utilisés dans tous les sens. La réalité virtuelle désigne spécifiquement les constructions graphiques informatisées de haute définition qui sont contrôlées par l'usager qui est pour l'instant muni de gants, d'électrodes, de casque, de lunettes et qui semble faire partie de l'action. La réalité virtuelle permet d'agir presque en réalité dans un univers qui est virtuel. Toutes les applications informatisées ordinaires ne sont pas des réalités virtuelles en ce sens strict mais, avec Internet surtout, l'environnement virtuel devient le summum de la communication technologique. Habituellement (sauf les malades), les capacités humaines sont grandes pour saisir l'écart entre une illusion, un rêve, une scène théâtrale, un lieu télévisé et maintenant un environnement virtuel. Les jeux technologisés, non pratiqués par tous, mais beaucoup utilisés par certaines personnes déplacent en quelque sorte le réel vers un virtuel qui se fait passer pour un nouveau réel. Au plan pédagogique, on appelle souvent ces environnements technologisés des simulations dont l'exemple le mieux connu demeure le simulateur de vol. En effet, on peut apprendre à piloter ou à contrôler les airs à partir d'une expérience virtualisée qui est si semblable au réel que le transfert d'apprentissage est supposé être immédiat, sauf que, comme dans un cauchemar, la catastrophe n'est jamais totalement vécue. Cela revient à disposer de vies supplémentaires comme dans des jeux, par exemple. D'une manière populaire, une simple visite d'un site muséal est parfois qualifiée de réalité virtuelle. Est-ce un abus du terme? Il reste qu'une visite virtuelle du Louvre apporte une grande satisfaction quand on effectue la visite réelle. La réalité virtuelle, ou tout travail passionnant à l'interface de l'ordinateur, se veut tellement réelle et attrayante que l'usager est comme transporté dans ce monde second en autant que l'environnement réel (voir point 3 dans ce module) de départ est silencieux, ergonomique et dispose à être « virtuellement » transporté dans l'autre réalité. En pratique, les humains sont facilement disposés à vivre autre chose que le moment présent, on retrouve cela chez les mystiques, les gens en méditation et chez ceux qui utilisent des artifices, alcool, drogue, etc. pour y parvenir. Alors, on pourrait se droguer à vivre en interface et en réalité virtuelle? Probablement que oui. Tout comme il y a des joueurs compulsifs, la réalité virtuelle peut entraîner un certain décrochage. Ce danger sera découvert dans quelques années. Mais il y a du danger partout : traverser la rue, manger un mets cancérigène. Même une simple feuille de papier réussit à provoquer un auteur et à le situer dans un état d'écriture qui le transforme. L'écriture, la prière, la méditation peuvent conduire à un état différent tout comme l'interface informatisée. Toute proportion gardée, la conduite automobile ou l'alcool conduisent plus radicalement dans l'outre-monde que l'autoroute de l'information ou la télévision.
Dans le monde des médias, le télégraphe d'antan, visible par ses poteaux et ses fils le long des chemins, caractérise la route de l'information en voyageant en parallèle avec les voitures ou les trains. Le réseau Internet physiquement invisible mais disponible partout caractérise cette connectivité intégrale qui permet d'aller de partout à partout par le réseau plutôt que par la route. Fin de la linéarité. DES PERSONNES ET DES MESSAGES
On remarque immédiatement que la connectivité télégraphico-phonique fait appel aux deux médias de base que sont l'oralité et l'écriture, comme tout ce cours le laisse entendre. Avec la connectivité d'Internet, le réseau étend en surface ce que les médias antérieurs étiraient en ligne mais les deux mêmes médias de base sont présents : les personnes et les informations. LES OUTILS DE LA CONNECTIVITÉS, DES TECHNOLOGIES GRAPHIQUES ET PERSONNELLES Avec les réseaux, le télégraphe se transforme en message, en texte et en hypertexte, le texte du « web » qui sert d'architecture à tous les textes disponibles dans le temps et dans l'espace. Les textes ont des allures de connu mais ils s'adjoignent des médias multiples, des images, des sons, des séquences animées, des vidéos, des interactions. Le texte dont le terme même ressemble à tissu ; la page qui signifiait à l'origine le petit champ cultivé se connectent les uns les autres par des liens d'adresses, comme les lettres postales, bref texte ou page deviennent parties dynamiquement constituantes d'un réseau appelé hypertexte et qui ressemble à une courte pointe, « patchwork » avec la juxtaposition de tous les textes disponibles. Les textes qui étaient physiquement disponibles en papier matériel deviennent en plus des disponibilités électroniques numérisées accessibles par leurs adresses. Avec Internet, le voyage n'a plus d'importance, (pour l'usager, non pour l'ingénieur,) l'adresse suffit pour que la réalité du texte existe. Voilà le premier fruit de la connectivité. Une information partagée, un savoir éclaté. Ce sont des technologies du produit. Avec les réseaux, le téléphone évolue jusqu'à devenir un ensemble de technologies destinées à établir des liens de toutes sortes : visuels, sonores, écrits, graphiques, etc., entre des personnes, soit en temps réel ou en temps différé avec mémoire. Les listes de discussion, les forums, les « chats », les coquilles de cours avec échanges entre les étudiants, etc. Les technologies de la communication évoluent davantage à partir du téléphone que de la radio ou de la télévision. Le téléphone implique les participants tandis que les médias de masse s'adressent précisément à la masse qui ne peut qu'écouter ou ne pas écouter. Les cotes d'écoute ont principalement été inventées pour déterminer qui avait le plus d'auditeurs. Avec Internet ou même le téléphone, la cote est toujours parfaite et indiscutable. En effet, quand deux personnes n'ont rien à dire, on raccroche. Ce sont des technologies du processus. RÉALITÉ VIRTUELLE INÉVITABLE Encore
plus loin, si on combine un produit Internet comme un environnement
virtuel et un processus Internet comme un contact et une interaction,
on retrouve la connectivité intégrale.
Un agent situé dans son environnement réel interagit
dans un environnement virtuel. |
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