DES SIGLES ET DES MODES Après avoir utilisé le sigle «NTIC» pour désigner les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication, on abandonne le «N» parce que ce qui est nouveau, c'est ce qui n'est pas connu et répandu. On parle aujourd'hui des TIC dans le même sens parce que la technologie se répand un peu partout dans la société. Qui autour de nous ne connaît pas au moins de nom, l'autoroute de l'information, l'Internet, etc. Mais voilà qu'une autre mode arrive, celle d'appeler toute l'informatique des TIC, ce qui n'est pas faux sous un certain angle. Cependant, ceux qui réservaient le terme de NTIC aux grandes capacités d'emmagasinage, d'échanges et de livraison de l'information, voient leur terme réduit en portée et en signification. Le vocabulaire est donc instable car on se cherche de nouveaux mots comme modalité d'accueil des nouvelles technologies. NOUVELLES TECHNOLOGIES COGNITIVES On a beau enlever le «N» parce que les technologies sont davantage connues, il reste qu'aux plans de 1- la connaissance collective distribuée partout dans le monde et de 2- la connaissance acquise par les individus, de nouvelles technologies cognitives et intellectuelles se présentent. Puisqu'il faut toujours une bonne génération avant qu'une technologie atteigne une dimension sociale et un bon degré de pénétration, on peut dire que les modes d'utilisation de ces technologies de pointe ne sont qu'amorcés et que les enseignants de la prochaine génération seront continuellement des mutants à cet égard car la vitesse d'obsolescence et de remplacement des machines et l'arrivée toujours précipitée des nouveautés multimédias (circuit technique et économique) n'ont rien à voir avec la vitesse des changements correspondants relatifs à l'enseignement et à l'apprentissage (circuit éducatif, cognitif et social). Du côté de l'enseignant, cette remarque ne signifie pas qu'il est possible de ne rien faire actuellement face aux médias. Au contraire, l'innovation s'avère déjà nécessaire et urgente et rien ne laisse présager que cet état va bientôt s'atténuer. Les enseignants du deuxième tiers du prochain siècle connaîtront peut-être une ère moins changeante. On répète souvent qu'en éducation, ce n'est pas tant l'information qui est en souffrance que la motivation et l'implication des élèves. Or ces technologies, malgré l'attrait passager de l'usage des machines et des présentations tape-à-l'oeil, nous facilitent surtout l'accès à l'information. En ce sens, elles ne remplissent peut-être pas les besoins éducatifs les plus urgents. Ce qui est pire, leur présence oblige les enseignants à repenser leur rapport à l'information et au savoir parce qu'ils en sont de moins en moins les uniques dispensateurs. Certains ajoutent ici que cette technologie leur laisse plus de temps pour s'occuper des vrais problèmes pédagogiques mais est-ce du bon temps s'ils sont insécurisés face à ce qu'ils accomplissaient le mieux, la transmission du savoir? Pourtant, ils n'ont pas beaucoup de choix, on ne peut pas faire comme Platon et s'opposer à l'écriture moderne sous prétexte qu'il y a des pertes du côté des habitudes, il faut se réorganiser au plan cognitif et communicatif.
Tout le monde parle de technologie de l'information et de la communication mais qu'en est-il exactement? L'information se présente comme un objet avec des propriétés communicatives et significatives. L'information devient en ce sens un matériau intellectuel traité et par les médias et par l'humain. Or dans ce contexte, l'apprentissage ou la pensée serait la «construction» de son savoir à partir de ces «quasi-matériaux», si on peut utiliser une métaphore architecturale. Pour aider à faire saisir les fonctions-outils et les fonctions-médias de l'ordinateur, on prolonge Norman (1992), en proposant la métaphore des trois poignées de porte. L'ordinateur
et le logiciel sont des outils
Les technologies de l'information et de la communication désignent tout cet ensemble de médias, d'outils et de réseaux qui amplifient l'informatique, la télévision, le téléphone, le télécopieur, etc. Après une période où l'informatique fut considérée comme une affaire de compétence personnelle, une technologie personnelle à apprivoiser, et ce qui a aidé à populariser l'ordinateur appelé précisément personnel, voici un autre élan technologique qui est envisagé comme beaucoup plus global que le premier, la technologie de l'omniprésence de l'information. Ce n'est plus l'outil-informatique qui est spécifiquement en cause mais son produit ou contenu appelé information rendu disponible à l'échelle planétaire par la numérisation en guise de codifiction et la virtualisation en guise de représentation significative.
La numérisation (comme on l'a vu dans le module 4) code tout langage ou tout signe (graphique, visuel et sonore) de manière dynamique pour le conserver, le traiter et le représenter. D'autre part, on appelle virtualisation, la représentation en interface de toutes ces informations numérisées. La
numérisation est la codification technologique VIRTUALISATION De l'ère des marchandises et des médias de surface, on passe à l'ère du savoir et des médias d'interface où tout devient immatériel et comme l'information ne consiste qu'en codes alphanumériques, la marchandise est sûrement légère. L'information s'exprime désormais avec des outils et objets organisés à partir de «bits» ou de «0 - 1», les petites unités d'impulsions que l'électronique peut manipuler. Tout comme le langage aide à préciser ses opinions, ses relations, bref à s'exprimer humainement, les TIC contribuent maintenant à proposer de nouveaux modes de représentation, d'action et de pensée. Ça devient un quasi-langage qui est porteur d'un bon potentiel pour l'apprentissage mais tout cela n'est pas encore bien fondé théoriquement. Ces technologies utilisent l'information comme «matériau» ou objet de base. Les intellectuels vont trouver cela merveilleux car tout ce qui est formel, abstrait, objectif, calculatoire, systématique, rationnel est valorisé. Leurs craintes vont se poser d'abord du côté de la standardisation. Les TIC aident à résoudre des problèmes mais en autant qu'ils sont prévus. Elle est peu apte à susciter les questions, tâche réservée aux penseurs humains pour le moment et pour un bon moment. Leurs craintes vont ensuite se poser du côté de l'apprentissage. Les élèves qui ont de la difficulté avec le formel et l'académique vont probablement être encore davantage dépassés dans un environnement de TIC même si les présentations multimédias sont spontanément attirantes. Une des avenues de recherche consiste à bien établir les analogies et les métaphores entre les réalités de surface et celles d'interface. On propose en ce sens de considérer l'information comme un quasi objet, ce qui permet de rester optimiste même pour l'apprentissage avec les moins doués et, souhaitons-le, les moins favorisés. EST-CE UN NOUVEAU CONCEPT DE L'INFORMATION ? Le concept d'information est traditionnel mais il n'a pas toujours été un concept discuté et utilisé. C'est la technologie qui a popularisé le terme. Les humains ont toujours utilisé de l'information sans y porter attention. Un exemple peut faire comprendre. Il y a cent ans, le concept de vitesse n'était pas beaucoup utilisé non plus. Dans une rue d'un vieux cimetière qui a conservé des affiches ancestrales, on lit que «le galop est interdit», ce qui signifie que la vitesse doit être modérée en ces lieux mais le mot vitesse n'était pas un terme actif dans le vocabulaire du temps. Aujourd'hui, on dirait «circulez lentement» ou «maximum 30 km/h». Du temps des chevaux, la vitesse importait guère et n'était pas nommée tout comme du temps du papier et du crayon, l'information ne préoccupait guère, elle ne causait aucun souci académique. Mais la multiplication et l'accélération du développement de l'information par les nouvelles technologies imposent le concept comme lieu de préoccupation.
Une pièce de Molière peut être lue dans un livre, regardée en temps réel au théâtre ou en «virtuel» différé en espace et en temps à la télévision. C'est une oeuvre. Face à cela, le concept de l'information-objet est beaucoup plus petit et versatile que l'oeuvre. C'est un message qui est considéré comme un quasi-matériau modulaire, jetable et disponible sur divers supports. On peut penser au montage d'un bulletin de nouvelles télévisé. Les informations sont choisies selon: a) leur importance sociale, b) la disponibilité des supports de ces informations (vidéos, lien de caméra en direct, documents d'archives, etc.) et c) le temps d'antenne. Ces quasi-matériaux sont ensuite montés pour former un bulletin de vingt minutes, par exemple. L'exemple du bulletin de nouvelles illustre bien le concept de l'information-objet qui est de plus en plus dépendant d'une multitude de supports. La distinction entre le contenant et le contenu s'estompe. L'objet est petit dans tous les sens : en durée, en quantité d'information-message. Il est disponible sur le marché réel ou virtuel. Ces petites portions souvent non reliées au moment de la collecte correspondent au contenant ou format utilisé : page en papier, écran en informatique, séquence en vidéo et cinéma, image, carte, etc. Le contenu peut être un événement comme dans des nouvelles télévisées mais on retrouve aussi des règles, principes, procédures, questions, etc. Les linguistes vont parler dans le même sens du paragraphe et les psychologues, de la grandeur ou petitesse de la mémoire à court terme. (Qu'on se rappelle le principe de Miller avec son 7 ± 2.) Tout comme un bulletin de nouvelles est monté, un message pédagogique médié est souvent construit et structuré par réagencement d'informations-objets. Des approches comme la planification de leçons ou le design pédagogique utilisent toutes des stratégies de structuration à partir d'objectifs ou d'objets d'informations prédisponibles. Au plan de l'information, le rôle de l'enseignant est souvent centré sur le réagencement ou le montage, si on utilise les termes de l'industrie. Au plan des médias pédagogiques, plusieurs technologies proposent des approches plus ou moins «préfabriquées» pour structurer et surtout représenter des informations-objets comme messages pédagogiques. En fait, chaque domaine d'étude ou champ de travail propose son mode de restructuration. En science cognitive, on retrouve le concept de réseau sémantique pour désigner l'ensemble des informations qui ont des liens de sens entre elles. En informatique, on retrouve la programmation avec ses algorithmes pour désigner des séquences de petites exécutions que les ordinateurs doivent effectuer pour parvenir à compléter une tâche plus complexe. En théâtre, on retrouve la mise en scène pour actualiser un scénario ou ensemble d'informations-objets. En plusieurs domaines, on utilise le schéma et l'organigramme pour représenter globalement une structure, un mode de fonctionnement ou une réalité complexe. Et l'enseignant, même avant ces concepts et théories, a proposé des leçons comprenant de l'information sous mode de petits objets agencés. (Une leçon serait une sorte de Lego éducatif!)
Les informations-objets attrapent malgré eux des propriétés relatives aux objets de peu de valeur. Leur peu de grosseur physique et informative leur donne de la versatilité mais en même temps de l'éphémérité. Le texte antique qui était lentement transcrit et transmis avait valeur de permanence architecturale. En ce sens le journal d'hier est plus vieux et jetable que le texte classique millénaire. On a l'impression de ne rien perdre en envoyant du papier à la récupération. C'est le message qui est alors perdu. Et en informatique, la récupération d'espace sur le disque dur est aussi une fonction commune. C'est encore le message qui est perdu dans les pannes informatiques. Dans le sens de l'éphémérité se pose aussi la question de la fiabilité. L'auteur classique cautionnait son oeuvre. L'information-objet, comme un communiqué de presse par exemple, soulève la question de l'auteur. Qui l'a écrit et dit-il vrai? L'information devient avec cela bougeante, moins stable et sûrement moins définitive. Elle est autonome et presque sans auteur. Cet effet se ressent notamment sur les réseaux. PROLIFÉRATION Les paroles s'envolent, les écrits restent, dit-on d'habitude. Non seulement les écrits restent mais les informations aussi ont tendance à rester. On a beau les considérer de manière éphémère comme les informations dans un journal, il reste qu'à un autre niveau elles s'accumulent. L'information est un objet mais un objet subtil qui se conserve, se multiplie, se répand. L'information se comporte comme un vu, un souhait. Plus on la partage, plus elle se rafraîchit et on ne la perd pas. On peut essayer d'effacer des traces informatives, on peut «pardonner» ou classer définitivement une situation informationnelle, du moins le prétend-on, mais on peut plus difficilement oublier une information. Elle dort, présente comme un esprit angélique qui peut se réveiller à tout moment, pensons aux traités, aux mémoires des victimes, aux souvenirs qui restent après la mort, etc. Ces qualités peuvent devenir des défauts car l'humain ne souhaite pas toujours laisser de trace à l'impôt, au conjoint, au collègue, à l'adversaire, au compétiteur, etc. Et toute science commence précisément par la collecte minutieuse et systématique de données qui deviennent des informations et parviennent à augmenter la connaissance collective.
Des termes comme «donnée, information, connaissance ou savoir» sont souvent utilisés indifféremment mais on peut se demander s'ils sont équivalents. La donnée est le moins porteur de sens de tous ces termes. Tout instrument informatique et technologique crée de l'accumulation de données ni vraies, ni fausses, ni significatives à moins d'être récupérées, représentées et réinterprétées. Le bit en serait la plus petite unité. Toute information commence donc par des données qui sont alors structurées pour constituer une information. Les données correspondent analogiquement en linguistique aux mots et en éducation à l'apprentissage par cur ou «rote learning». L'information est un agencement de données selon une organisation significative pour l'usager. L'accent n'est plus placé sur les données mais sur le sens qui s'en dégage. Cela correspond analogiquement en linguistique à des phrases et en éducation à de l'apprentissage significatif. Évidemment pour l'ordinateur, donnée ou information, tout cela est semblable car il n'est pas question de sens. La connaissance va encore plus loin que l'information en ce sens qu'elle en vient à faire partie des informations utiles pour un humain. C'est l'information apprise et directement significative pour l'individu. On peut aussi utiliser le terme information dans un sens générique où le terme de «donnée» serait plus exact. On parle en ce sens des diverses fonctions relatives à l'information : collecte, conservation, recherche, sélection, transformation, structuration, présentation ou représentation, transmission. L'ÊTRE INFORMATIONNEL Vos
papiers S.V.P. Une des grandes caractéristiques de l'intelligence humaine consiste à pouvoir abstraire et généraliser. La philosophie, la science et les mathématiques, entre autres, se sont développées en recourant à ces capacités. L'homme a non seulement inventé la roue et les objets directement utilitaires comme les leviers, etc., il a aussi inventé des concepts comme le temps, l'espace et bien sûr l'information. Pour inventer ces concepts, il a fait appel à des mesures, des signes, des traces, des souvenirs mémorisés et puis écrits. C'est donc la question de l'uf ou de la poule. Lequel vient en premier? L'écriture comme technologie ou l'information comme contenu? Sans répondre autrement qu'avec un sourire on peut dire que l'information provient des traces... en papier, en pellicule, en mémoire, en informatique, etc. Et les traces sont elles-mêmes suggérées ou engendrées par des actions, des abstractions, des généralisations. On a vu par ailleurs que l'information est tantôt éphémère (la facture du dernier repas) et tantôt persistante (le testament). Par contre, la vie humaine est bien humble et bien courte mais elle engendre, en tant que principal objet d'étude au plan mondial et ce, tout au long du déroulement d'une vie, des informations qui se multiplient sans cesse. Parce que l'homme est un objet d'étude, il engendre plus d'informations qu'on pourrait croire et il se fait contraindre par plus d'informations qu'on ne saurait croire. Pour fixer les idées, il suffit de penser qu'à la naissance, je reçois un nom, un dossier civil et médical et je possède déjà une signature ADN. Je suis inscrit dans une généalogie, un pays, une religion et bientôt dans une garderie, une école, un camp de vacance, etc. Est-il nécessaire de continuer? Toute la vie durant, j'engendre des informations, d'une part, et je me contrains à des informations, d'autre part. Par exemple, le temps qui passe a été mis en forme par l'horloge et les cloches qui scandent notre vie à tel point que la ponctualité est devenue une vertu, celle des rois, dit-on. Pour témoigner de cela, je porte une montre ou je regarde l'horloge, une information qui change tout le temps mais qui n'est jamais discutée. Au plan informationnel, je suis un être qui existe par ses cartes. Elles sont si importantes que je les traîne. Bref, qu'elle soit vue sous l'angle économique, académique, affectif ou professionnel, toute ma vie n'est qu'information obligatoire ou facultative : rapport d'impôts, CV, testament, biographie.
Avez-vous
votre page WEB?
Le
papier et le petit crayon Tout
comme le concept d'information qui était inconnu il y a quelques
années, le concept de traitement de l'information est lui aussi
assez récent. La pensée humaine ne se résume pas
à traiter de l'information, elle doit d'abord posséder
des idées qui alimentent une imagination. Ceci dit, une fois
que l'idée devient, en se formant, une information, l'humain
peut effectivement traiter ou travailler avec cette information pour
en tirer divers avantages. Les techniques traditionnelles de traitement
sont bien connues. Elles passent par l'écriture, la fameux tableau
noir du professeur, le recours à des éléments en
mémoire et à des règles relatives à divers
domaines, pensons simplement aux tables d'addition et de multiplication
qui sont incontournables ou à d'autres lois plus nuancées
que le deux plus deux fait toujours quatre. Le petit crayon prend sa
puissance à la tête pensante ou calculatrice qui le dirige.
Le
tableur :
La
numérisation est une codification en 0 et 1
Dans le cadre de l'éducation, l'intelligence artificielle se caractérise par la modélisation. On recherche des règles de comportement qui demeurent vraies au plan logique. Ces règles ou modèles se retrouvent par exemple au plan tutoriel. Les chercheurs établissent alors le comportement ordinaire d'un tuteur et formulent des règles qui servent de base à un système informatisé qui sera appliqué dans des circonstances concrètes. Avec ces modèles, base de connaissances (quoi enseigner), modèle tutoriel (comment enseigner) et modèle étudiant (comportement de l'apprenant), on est loin de l'autoréalisation et de l'informatisation comme processus rapide. Au contraire, ces calques de l'intelligence humaine à une traduction en règles ou programmes informatisés demandent des efforts, des technologies de pointe, bref, des équipes de recherche. En pratique, la personne ordinaire demeure davantage une utilisatrice qu'une réalisatrice de coquilles d'expertise ou de modèles. Les tutoriels intelligents ou systèmes tutoriels intelligents utilisés en éducation reposent précisément sur des règles énoncées et programmées d'après des modèles de tuteurs. Parfois, le terme de «tutoriel intelligent» est un peu abusif et signifie simplement un bon tutoriel. Il faut bien le dire que toute cette «intelligence» n'est au fond qu'une manière plus évoluée de programmer l'ordinateur. LA THÉORIE DU TRAITEMENT DE L'INFORMATION OU LE MONDE À L'ENVERS On a vu que l'ordinateur avait une architecture d'abord humaine. Mais voici que des chercheurs en éducation font exactement l'inverse. Ils considèrent l'ordinateur et en déduisent la théorie du traitement de l'information chez l'apprenant ou l'humain en général. Par exemple, si l'ordinateur possède des puces appelées «mémoire», c'est en analogie avec la mémoire humaine. En revanche, en considérant l'ordinateur, on en vient à attribuer au cerveau humain, trois sortes de mémoire ou de forme d'emmagasinage : les enregistreurs sensoriels, la mémoire à court terme (Pensons à Miller avec son sept) et la mémoire à long terme.
L'enseignant est un producteur d'enseignes
Tout comme l'écriture nous a habitués à conserver des événements par la prise de notes et à nous exprimer de manière linéaire dans des formats comme la lettre, l'informatique nous fait faire un passage à l'écriture technique avec toutes les standardisations nouvelles que cela entraîne, sans parler des nouvelles compétences qui sont exigées de la part des utilisateurs. On s'habitue à de nouveaux outils cognitifs comme les réseaux sémantiques, les bases de faits, les formats, les simulations, les virtualités, etc. Ce sont tous des modes de représentation. Ces modes de représentations deviennent des manières nouvelles d'appréhender la réalité ou la fiction. Ils nous modifient tout comme l'écrit a modifié la science, le droit et la religion. Les organigrammes, les tableaux, les organisateurs d'idées et tous les gabarits apparentés se proposent comme des modes de représentation de l'information. Pour la plupart de ces outils, c'est la représentation formelle et visuelle qui est mise de l'avant. Chacune de ces technologies intellectuelles contribue à proposer les connaissances dans des formats préétablis qui donnent l'illusion souvent de cohérence. Ils ne sont pas à rejeter, il faut simplement savoir comment ces intermédiaires peuvent influencer l'information elle-même. Le média est toujours un peu en situation siamoise avec le message. Parfois même, l'image peut induire en erreur malgré sa vérité intrinsèque. Par exemple, la valeur du dollar qui n'a varié que d'un centième de cent en une journée devrait être considérée comme stable mais toutes les chaînes télévisuelles vont présenter une flèche pointant vers le haut, ce qui est mathématiquement vrai mais non humainement significatif. Les technologies aident à représenter l'information mais elles augmentent les couches d'artefacts entre l'expérience directe des choses et cette représentation plus ou moins standardisée. Pour l'humain, cette distanciation risque d'entraîner une perte d'associations qui peut dégénérer en un vide de sens. (Pourquoi cette représentation, pourquoi cet apprentissage?) Une nouvelle forme d'écriture et de nouveaux modes de représentation du monde nous obligent tous à tout réinterpréter à travers un nouveau symbolisme tout comme l'alphabet en fut un au temps jadis. Le réel pour soi est toujours une construction qui repose de plus en plus sur des médias. Au fait, pour la plupart des gens, un premier ministre, est-ce autre chose qu'une représentation visuelle à la télé?
Une représentation qui a du sens pour «quelqu'un» aurait une signification. Cela ne veut pas dire que les dictionnaires ne donnent pas la signification des mots mais ce paragraphe insiste plutôt sur la portée humaine de la signification. Dans la sémiologie, on distingue souvent entre le signifiant (contenant ou signe proprement dit) et le signifié (sens véhiculé par le signe). La signification serait alors la compréhension d'un signifié pour quelqu'un dans une situation. Les machines ne sont pas signifiantes en elles-mêmes (à moins de recourir aux métaphores de l'intelligence artificielle, nous préférons considérer la machine comme un outil proche de l'humain que comme un autre humain, ce serait un acte d'anthropomorphisation). Donc tous les médias sont porteurs de symboles vides de sens tant qu'un humain ne les récupère pas à son actif. Dans les TIC, la signification est finalement ce qui passe par l'interface et qui crée du savoir ou de la connaissance chez l'apprenant ou simplement chez le lecteur.
Pony-Express, Télégraphe, Téléphone, Federal-Express, FAX, E-mail Il y a déjà longtemps qu'on essaie d'accélérer le processus de livraison de l'information. Les romains utilisaient des coureurs et bâtissaient des routes dans l'empire à cet effet. Toujours plus vite parce que le savoir, c'est le pouvoir. En temps de guerre, on connaît le rôle des espions et dans les circuits commerciaux, on connaît l'«emprunt» des idées ou des brevets des concurrents.
Dans tous ces changements de livraison, on remarque certains paramètres qui se répètent. D'abord la tendance à la vitesse. L'information veut se diffuser. Ensuite, la dématérialisation ou le passage de l'information de surface à l'information en interface. Cela s'effectue en plusieurs temps, les coureurs, les chevaux, l'électricité, les avions, Internet. On retrouve donc, la codification et la retranscription, ère du télégraphe ; la codification sans retranscription, ère du télécopieur, la codification et l'interface, ère des technologies de l'information. La virtualisation est donc la résultante de la codification et de l'interface, comme on l'a vu plus haut. On se rappelle que le télégraphe était difficile à comprendre parce que l'interface était rudimentaire, très portée sur le code, en fait limitée au code et faute d'une bonne oreille rapide (vive les auditifs musicaux), on préférait souvent imprimer le code sur papier en rouleau (pour le monde ordinaire et sans talent de décodage auditif).
Dans la première ère de l'informatique personnelle, l'ordinateur était surtout considéré comme un gros outil à apprivoiser. Les logiciels étaient apportés comme des marchandises en «software», légères mais matérielles. Avec ses périphériques comme l'imprimante, l'ordinateur constituait un environnement technologique circonscrit comme l'est une cuisine ou un atelier de menuiserie. Mais voilà qu'on parle de technologie de l'information. Le changement est d'importance car on passe d'un environnement fermé à une station d'information et de communication. (À certains égards, ce texte sur les réseaux aurait tout aussi bien convenu au module suivant portant sur la communication.) Par le réseautage et le phénomène Internet, l'information véhiculée et traitée n'est pas limitée aux apports locaux, l'information en mode textuel, visuel et sonore se veut désormais large comme le monde. Ne dit-on pas en effet «world wide web»? Donc le poste relié, c'est le phénomène de la connectivité, met à la disposition de l'usager un genre de bibliothèque mondiale tressée et agrandie par tous les lecteurs-auteurs potentiels. Avec Internet, l'informatique se fait média (contenant-véhicule) et l'usager se fait lecteur-navigateur, d'une part, et auteur, d'autre part. Pour apprivoiser la technologie comme réseau d'information, trois paramètres doivent être pris en considération : la base de données, la navigation et la recherche. RÉSEAU ET BASE DE DONNÉES Le terme de «base de données» est proprement issu de l'informatique et désigne un ensemble d'informations ou de petits messages relatifs à un même point de vue. L'annuaire téléphonique en serait un bon exemple. Tous les numéros rendus publics et disponibles y sont notés. Comme il n'y a pas de lien particulier entre les noms, on utilise l'ordre alphabétique. Si l'annuaire était informatisé, on pourrait y rechercher par requête spécifique ou association. (les Tremblay sur la rue Principale, par exemple). Mais en papier, on ne peut rechercher que sous un seul critère. En traitant le réseau Internet de base de données, on le considère sous l'angle du vrac de l'information. Cet amas gigantesque est vraiment très vaste et en constant état de croissance. Pour l'usager, c'est un état de fait qui se propage, comme à l'oral, par de nouvelles légendes, de nouveaux mythes. Tout
est écrit sur Internet. La base de données est anarchique et non hiérarchique. Chaque noeud de son réseau s'amplifie à volonté. Évidemment, il faut disposer des ressources technologiques nécessaires. Tout est hypertexte On a vu que l'hypertexte était une sorte de base de données avec des liens associatifs. C'est tellement vrai que populairement on désigne tout le réseau Internet comme étant un immense hypertexte. En ce sens, les vux de Bush, Nelson et les autres pionniers du domaine sont exaucés. Les liens entre tous les textes disponibles sont maintenant réalisables. Et Internet est davantage un long texte, malgré les images et les animations attrayantes, qu'une vaste cinémathèque ou vidéothèque. RÉSEAU ET NAVIGATION Le réseau d'information prend son sens quand il est consulté, lu, recherché. C'est à ce niveau que se situe la première compétence de cette nouvelle alphabétiation. Elle comprend d'abord le savoir lire à l'écran même si la lecture en papier est bien préférable (comme ce texte en fournit un exemple), surtout si on dépasse un paragraphe en longueur. La compétence supplémentaire à la lecture porte divers noms : navigation, broutage, butinage.
Le problème est donc de trouver, sélectionner cette portion d'information qui est désirée. Enfin, il ne faut pas la perdre ou pouvoir la retrouver. RÉSEAU ET RECHERCHE D'INFORMATION L'information 1- peut se présenter par hasard, c'est la trouvaille, «serendipity», 2- peut se trouver grâce aux liens ou références dans une information préalable, c'est un cas très fréquent, 3- peut se retrouver grâce à des signets «bookmarks» ou carnet d'adresses de sites et enfin 4- peut se rechercher grâce à des engins de recherche. Les trois premiers modes d'accès à l'information vont de soi tandis que la recherche du site pertinent demande le recours à des engins de recherche (Yahoo, Altavista, etc.) et elle exige une connaissance des mots-clés susceptibles de conduire au sens et aux sites désirés. Certains engins classent toutes les références qui sont transmises aux organisateurs tandis que d'autres engins font appel à des automatismes qui fouillent tous les sites possibles sans évidemment jamais prétendre être à jour. Du côté des sites, il faut savoir comment fonctionnent ces engins. Ceux qui publient sur Internet dans l'intention d'être repérés par les engins de recherche placent des mots significatifs dès le début de leur fichier car les engins se limitent souvent au début du texte. Ou mieux encore, les mots-clés sont inclus dans une entête, on appelle ces repères des «meta», et si une recherche mentionne ces mots, le site en question est immédiatement suggéré par l'engin de recherche. La recherche d'information sur Internet demeure la compétence la plus utile dans toute situation d'apprentissage, voire de magasinage. Au module sur la communication, la recherche de personnes ou de marchandises présente un intérêt du même ordre. RÉFÉRENCES |
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