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CARACTÉRISTIQUES
DE
L'ÉCRITURE |
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«...les
écrits restent.»
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L'écriture en général laisse une trace dans l'espace sur un matériau de surface comme une brique séchée, un papyrus, un parchemin, un papier, une pierre tombale. La trace s'accumule si le matériau est conservé. Une fois l'écriture réalisée, l'intervention humaine n'est plus directement reliée à l'écriture mais à la conservation qui s'effectue sans effort de mémoire puisque l'écriture est extérieure à son auteur. « Les écrits restent » (dans l'espace) non seulement en opposition aux paroles qui s'envolent (après le moment de leur énonciation), ils restent aussi en dehors de leur auteur, ils sont des créatures autonomes en quelque sorte. En ce sens, on remarque la distance entre l'auteur et le lecteur. Au moment de la lecture qui est toujours le moment important d'actualisation du message, les conditions de l'écriture n'existent plus. Avec l'écriture, c'est toujours du différé dans le temps et dans l'espace. Il faudrait dire comme Roland Barthes (1970) que lire c'est réécrire pour soi.
Avec la mémoire à l'extérieur de l'humain, on retrouve plus d'objectivité, de preuves, de traces, ce qui a contribué à façonner au cours des âges la comptabilité et l'histoire. Sans écriture, on peut avoir de la mémoire mais pas d'histoire, pas de généalogie, pas de listes qui s'apprennent mal par cur. Avec l'accumulation des traces, le temps devient linéaire et se déroule en fonction d'une fin qui passe par des accomplissements intermédiaires. Le parcours peut toujours être refait en sens inverse grâce à la lecture.
L'impôt, tel qu'on le connaît, serait impensable sans histoire des gains, sans traces.
Le travail au noir, c'est un travail oral, non écrit!
L'argent sonnant est une technique de paiement à l'oral. Le chèque est un mode de paiement écrit.
Mais comment désigner le monde des cartes et guichets?
L'informatique va devenir une hyperécriture avec des hypertraces connaissables par tous.
La distance dans l'espace et dans le temps entre l'écrivain et le lecteur autorise plus d'objectivité, de généralité, de critique du document.
Les genres se multiplient aussi. L'écriture permet de raconter des récits qui étaient connus oralement par ailleurs mais elle introduit des présentations plus systématiques, organisées logiquement ; on pense aux théories, aux calculs, aux contrats, aux lois. L'objectivité permet l'interpréation des textes, ce qui conduit à des appréciations diverses en passant par la vérité, la conformité aux sources, les erreurs, les tromperies, etc.
L'écriture et la graphie en général deviennent des moyens efficaces de prototypages. Que ce soit une maison ou un téléroman, on commence par écrire un plan, écrire un scénario. Bref, tous les travaux organisés commencent par des écrits.
Papyrus ou parchemin
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À Alexandrie, lieu de la plus grande bibliothèque d'Égypte, on écrivait avec un simple stylet sur un papyrus, une base végétale tissée à partir de roseau. Cette écriture est légère et rapide mais elle résiste mal à l'humidité et aux conditions d'entreposage inadéquates. La bibliothèque d'Alexandrie s'est vite fait une renommée. Mythe moderne: Toutes les sectes modernes trouvent leur racine écrite quelque part dans des arcanes re-trouvées à Alexandrie (quand ce n'est pas au Tibet.)
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À Pergame, (maintenant située en Turquie) on élevait des moutons de Pergame, avec lesquels on fabriquait en plus de l'huile, les parchemins. Les chèvres et les veaux (velin) servaient aussi. L'écriture sur les peaux est plus fastidieuse que sur le papyrus mais dure plus longtemps. Les romains exigèrent des documents sur parchemins jusqu'au 12è s. avant d'adopter le papier. Aujourd'hui, le parchemin qui n'est plus fabriqué de peau, donc sans sacrifier aucun mouton, n'est utilisé que dans des grandes circonstances comme les diplômes, les traités, les actes notariés, etc. Obtenir un parchemin, c'est obtenir son diplôme.
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La dispute entre le papyrus et le parchemin n'est pas sans rappeler la querelle entre Macintosh et Microsoft. Le plus fort l'emporte jusqu'à ce qu'un troisième ne vienne!! ...léger, bon marché comme le papier, s'appellerait-il Linux?
La crainte de l'écriture :
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La légende de Theuth et de Thamous
Dans le Phèdre de Platon, Socrate rapporte cette tradition ou légende égyptienne: J'ai donc ouï dire, dit Socrate, qu'il y avait près de Naucratis en Égypte un des anciens dieux de ce pays à qui les Égyptiens ont dédié l'oiseau qu'ils appellent ibis; ce démon porte le nom de Theuth; c'est lui qui inventa la numération et le calcul, la géométrie et l'astronomie, le trictrac et les dés, et enfin l'écriture. Thamous régnait alors sur toute la contrée, dans la grande ville de la haute Égypte que les Grecs nomment Thèbes, l'égyptienne, comme ils appellent Ammon le dieu-roi Thamous. Theuth vint trouver le roi; il lui montra les arts qu'il avait inventés et lui dit qu'il fallait les répandre parmi les Égyptiens. Le roi demanda à quel usage chacun pouvait servir; le dieu le lui expliqua et selon qu'il paraissait avoir tort ou raison, le roi le blâmait ou le louait. On dit que Thamous fit à Theuth beaucoup d'observations pour ou contre chaque art. Il serait trop long de les relever. Mais quand on en vint à l'écriture : « L'enseignement de l'écriture, ô roi, dit Theuth, accroîtra la science et la mémoire des Égyptiens; car j'ai trouvé là le remède de l'oubli et de l'ignorance. » Le roi répondit : « Ingénieux Theuth, tel est capable de créer les arts, tel autre de juger dans quelle mesure ils porteront tort ou profit à ceux qui doivent les mettre en usage : c'est ainsi que toi, père de l'écriture, tu lui attribues bénévolement une efficacité contraire à celle dont elle est capable; car elle produira l'oubli dans les âmes en leur faisant négliger la mémoire : confiants dans l'écriture, c'est du dehors, par des caractères étrangers, et non plus du dedans, du fond d'eux-mêmes qu'ils chercheront à susciter leurs souvenirs; tu as trouvé le moyen, non pas de retenir mais de renouveler le souvenir, et ce que tu vas procurer à tes disciples, c'est la présomption qu'ils ont la science, non la science elle-même; car, quand ils auront beaucoup lu sans apprendre, ils se croiront très savants, et ils ne seront le plus souvent que des ignorants de commerce incommode, parce qu'ils se croiront savants sans l'être. » |
Leçons
de la légende
Il est étonnant de constater qu'un élément constituant de la mémoire et de la science comme l'écriture n'a pas toujours été accepté même de la part des intellectuels. L'écriture crée des simulacres de la mémoire, de la science, elle crée de la distance entre l'auteur et le texte, toutes des caractéristiques opposées à l'oralité.
L'écriture engendre l'alphabétisation, une technologie de mauvaise courbe d'apprentissage qui s'acquiert lentement. Même après treize années de scolarité de la part des étudiants, le professeur rencontre des fautes grammaticales, ce qui témoigne que cette technique est en voie d'acquisition permanente et qu'elle est d'application difficile. Au fait, l'alphabétisation donne de l'emploi aux éducateurs mais elle empoisonne en même temps la vie de bien des jeunes qui se contenteraient de communiquer avec des icônes, des machines interactives et une langue toute croche. Ils n'auraient pas à décrocher de la vie expérientielle! Pour les tenir accrochés même à l'adolescence, il faut vraiment tenir à nos technologies intellectuelles et croire qu'elles sont essentielles : langue, mathématiques, histoire, science.
L'écriture crée l'information qui est disponible sans orateur, sans messager. Elle a dépersonnalisé les messages, soit, mais elle a donné de l'histoire, de la mémoire, de la continuité et du progrès sans parler du pouvoir gouvernemental par les impôts et les fichiers de tous ordres. Chacun peut désormais vanter les bienfaits de cette technologie intellectuelle qui donne du statut à la personne instruite, qui transporte des idées hors du temps et du lieu de leur auteur, qui permet de bâtir la science et à chacun de construire volontairement sa propre science.
L'écriture
au temps des scribes
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| Le scribe du Louvre |
Pendant longtemps, l'écriture fut une spécialité connue des seuls scribes qui détenaient tout le pouvoir (aujourd'hui, c'est l'informaticien qui détient ce nouveau pouvoir, on revit l'époque du savoir non partagé, ce que ce cours déteste et tend à combattre par la technologie actuelle connue de tous et pour tous...) Un scribe a en fait plus de pouvoir qu'un auteur puisqu'il peut, sans talent de créateur mais en se cachant derrière un auteur, fournir ses corrections, changer les versions subséquentes. En mode lecture, il peut même feindre de lire ce qui n'est pas écrit. Comme les livres sont rares, chers, reproduits à la main, ils ne courent pas les rues donc il est inutile que tous sachent lire.
Au temps des scribes, la lecture est un deuxième temps de l'écriture mais l'écriture/lecture s'effectuent par les mêmes personnes.
La
lecture au temps de l'imprimerie
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| Martin Luther |
Que vient changer l'imprimerie? Les livres se multiplient et deviennent plus disponibles. La lecture se distancie de l'écriture. Les lecteurs plus que les auteurs doivent se multiplier. D'ailleurs, Luther a écrit au pape pour lui dire qu'il est surpris que ses thèses se soient répandues si vite. Il n'avait pas compté sur la nouvelle puissance de l'imprimerie. La réforme protestante a pris de l'ampleur par l'imprimerie et les catholiques ont dû se réajuster. Peu après, les écoles ont commencé à se multiplier. La lecture devenait lentement une technologie intellectuelle personnelle et aujourd'hui ce besoin de savoir lire devient un besoin de savoirs technologiques sans cesse à réapprendre.
Cet acquis se nomme désormais l'alphabétisation. Plus loin, on va voir ce que devient l'écriture de nos jours, le véritable enjeu de la technologie intellectuelle disponible.
Changement
de sens
Un
grand changement de sens survient quand on passe de l'ère de
l'oral à l'ère de l'écrit. L'oral comme tout
le monde le sait est une question de bouche à oreille, donc
d'audition tandis que l'écrit est une question de main
à oeil, donc de vision et de toucher.
La langue aussi a effectué ce changement de sens. Il n'y a
pas si longtemps la lecture était effectuée à
voix haute. Les moines chantaient, le crieur criait... Encore aujourd'hui,
les mauvais lecteurs (selon nos critères modernes) labialisent
en lisant. La lecture actuelle et compétente n'excite qu'un
seul sens, la vision, elle est silencieuse. Le premier pas vers une
lecture rapide demeure l'arrêt des mâchoires (on s'excuse
après de ceux qui donnent des cours de lecture rapide, on vient
de gagner une leçon!) Est-ce si important de lire vite? oui
si le message est insignifiant. Au contraire, c'est une nuisance si
la réflexion est exigée.
Le passage à la vision a aussi marqué la considération de l'objet isolé, sans contexte. Il est intéressant de rapprocher les mots « idée » et « vidéo ». Ils ont une même racine « ide », ce qui tend à concrétiser l'idée par une sorte de vision intérieure. Or cela est aussi naturel que la parole mais comme c'est une caractéristique interne, l'évidence est moins grande que le rapport entre la bouche et l'oral.
La vision est donc une manière de pénétrer à l'intérieur de la conscience de l'individu. Les outils et les supports d'écriture ont beau être externes, ils finissent par faire partie du processus réflexif. Combien de gens réfléchissent avec un crayon à la main et prennent des notes même si tout est déjà disponible et explicite sur papier ou écran?
Mot
- mort - vérité - monument
Un peu de philosophie
C'est
Ong (1982) qui propose de considérer un mot comme une sorte
de mort, un objet sorti du vivant. Dans un texte, l'auteur est inatteignable
et irresponsable (contrairement au texte interactif de l'ère
de l'ordinateur où l'auteur est proche). Le livre sert de relai
au contenu dont la source est non disponible. Cette objectivité
rend au texte une valeur de vérité, pour toujours (pensons
aux traités écrits avec des peuples de l'oral. On s'y
réfère encore, alors qu'ils sont hors contexte culturel!)
; les contrats, les témoignages deviennent gelés, morts
dans leur vérité. (La lettre tue, l'esprit vivifie.
2 Co 3, 6) Mais cette mort du sens dans la lettre, ce dépouillement
du contexte lui assure paradoxalement sa pérennité et
lui donne la possibilité d'être replacé dans de
nouveaux contextes vivants et de les présenter à un
nombre infini de lecteurs.
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LES
OUTILS DE L'ÉCRITURE ET DE L'IMPRIMERIE |
Contrairement à la langue et à la parole, l'écriture comme l'imprimerie et l'informatique sont des technologies externes qui ont des outils et des supports. L'écriture est cent pour cent artificielle, pourtant elle sert à vivifier la conscience dans une sorte d'aliénation bienfaisante. L'objet écrit permet de réfléchir (c'est une technique que les psy, utilisent parfois, faire écrire...) C'est donc un artifice qui est naturel aux humains.
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| Hiéroglyphes égyptiens |
L'écriture
est une technique récente dans l'histoire de l'humanite. Elle
date de 3500 ans avant J.-C. Il y a bien eu avant cette date, des
aides-mémoire comme des cordes avec des nuds, des coches
sur des briques ou des pièces de bois mais la véritable
écriture significative qui a donné des récits,
des rites et rapporté des épopées, est arrivée
avec les premiers outils comme l'alphabet. On est parti de pictogrammes
puis on a évolué vers l'alphabet. L'alphabet ne fut
inventé qu'une seule fois et fut immédiatement conservé.
Il est relativement facile à apprendre, il a peu de caractères
(entre vingt-quatre et vingt-six) et peut servir à traiter
plusieurs langues. Les modernes diraient qu'il s'adresse au cerveau
gauche ou logique puisque l'alphabet permet la pensée abstraite
et analytique et dans sa facture même, il est déconnecté
des pictogrammes qui ont d'abord servi (comme dans l'écriture
égyptienne).
En analogie avec l'informatique moderne, l'alphabet serait une invention logicielle tandis que le style et le papyrus sont des inventions de quincaillerie.
La découverte de l'écriture fut fascinante. Pendant longtemps, elle est demeurée un instrument de secret et de puissance magique (on dit la même chose de l'ordinateur, de nos jours!). On avait donc besoin d'une sorte de prêtre-médiateur, savant technicien et magicien entre le texte et le lecteur ou destinataire. Le métier s'est sécularisé mais on retrouve encore de nos jours des écrivains publics prêts à écrire des lettres d'amour ou de plainte. Écrire est devenu, avec l'imprimerie et l'école, une activité intellectuelle que tous peuvent accomplir, mais la démocratisation de l'écriture ne signifie pas que tout est publiable. (On constate bien sur Internet que la liberté de publication ne permet pas de distinguer le bon de l'ordinaire. Il y a plus à rejeter qu'à retenir.)
En plus de fasciner les esprits, l'écriture a apporté des propriétés inconnues auparavant. À l'écrit, le monde n'est pas seulement un récit mais il se présente comme saupodré d'une multitude d'îlots d'informations détaillées qui se présentent comme des faits séparés, vérifiables qui doivent être artificiellement restructurés. On peut en plus du texte suivi faire des listes, juxtaposer des éléments, faire des présentations visuelles par des lois de mouvement et de structure.
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| D'autres langues ont essayé le boustrophedon, un peu comme le tracteur dans le champ qui laboure un rang dans un sens et l'autre rang dans l'autre sens |
Par exemple, certaines langues dont les voyelles ne sont pas écrites se lisent de droite à gauche (hébreu). D'autres langues ont essayé le boustrophedon, un peu comme le tracteur dans le champ qui laboure un rang dans un sens et l'autre rang dans l'autre sens. C'est une approche difficile pour l'oeil. La plupart des langues avec voyelles ont adopté la lecture de gauche à droite mais on trouve aussi des langues lues en stocheidon ou à la verticale. Aucune langue n'a adopté une lecture de bas en haut. (Pourquoi Windows de Microsoft commence-t-il par le bas à gauche? Pour ne pas avoir de poursuite de Macintosh? C'est un mode qui ne respecte pas la tradition.)
Enfin, parmi les avantages de la technique de l'écriture, il faut mentionner la possibilité de réviser un texte, ce qui est impossible à l'oral, de le restructurer, de le réarranger, de le bricoler et d'agir à son sujet d'une manière plus objective parce que l'auteur demeure séparé du texte.
B- L'IMPRIMERIE
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| Imprimerie du XVIe siècle |
L'imprimerie est aussi une technique récente. Bien sûr on a imprimé en Chine depuis très longtemps mais c'est l'invention des caractères mobiles comme de petits objets qui a donné l'élan nécessaire à l'imprimerie au milieu du 15è s. Quand on pense à une ligne d'assemblage où une série d'étapes concourt à la production d'un objet dont les parties sont interchangeables, on pense à l'auto habituellement mais c'est plutôt à l'imprimerie qu'on doit attribuer en premier cette manière de fabriquer. La lecture d'un manuscrit est demeurée longtemps une question orale parce que les caractères étaient difficiles à déchiffrer et que les scribes utilisaient toutes sortes d'abréviations et de codes (La ligature comme dans « uvre » s'est rendue jusqu'à nous.). Lire était donc resté une activité sonore pour aider à saisir le sens de ce qui était lu.
Avec l'imprimerie, les caractères ont été éclaircis et standardisés, près de deux cents ans après l'invention de l'imprimerie. La lecture est alors devenue une activité visuelle. Les parties d'un texte bien structuré devinrent facilement repérables avec les titres (en opposition aux « incipit », c'est-à-dire les premiers mots d'un texte qui étaient la manière de désigner un texte sans titre.). On a ajouté des paginations identiques pour toutes les copies (contrairement aux manuscrits dont la longueur variait tout le temps), des tables des matières et des index (d'abord pour retrouver les lieux communs puis pour retrouver les termes clés). L'imprimerie avec tous ces ajouts au texte bien formatté comme la pagination, les titres, la table des matières, les notes de renvoi, les index, les bibliographies, etc. propose désormais des surfaces significatives avec une emprise sur l'espace. Dans cet espace, les mots deviennent des objets observables en tous sens et c'est précisément ce qui a fait progresser la science.
La technologie de l'imprimerie se fait plus légère à l'ère de l'informatique personnelle. Imprimer devient une technologie personnelle auto-réalisable, sans recours à des secrétaires, ni à des spécialistes du plomb et des épreuves. Le seul recours à une imprimante suffit.
Un texte imprimé laisse croire à une uvre achevée, présentée dans un texte carré sans espace oublié. Au temps des manuscrits, on empruntait allègrement. Avec le texte publié, des concepts comme celui de droit d'auteur apparaissent. On ne peut republier ce qu'un éditeur a déjà publié, or le scribe écrivait toujours quelque chose qui était déjà préalablement écrit.
Le texte comme espace achevé d'expression a donné toutes sortes de théories. Celle de Pierre de la Ramée au 16è s. est remarquable. Il considère toute uvre à écrire comme un objet d'analyse à décomposer. Il propose de séparer les définitions, les exemples et de tout bien caser jusqu'à épuisement de la matière. Chaque élément devient un énoncé simple, sans rattachement, contrairement aux récits des époques antérieures. Il est le père en quelque sorte des tableaux, des organigrammes, des chartes de toutes sortes qui meublent maintenant toutes les présentations d'informations. D'ailleurs l'écriture de textes technologiques modernes emprunte sans le savoir aux catégories et espaces organisées de Ramus (autre nom de Pierre de la Ramée).
Est-ce que les mathématiques seraient possibles sans l'écriture?
Est-ce que les dictionnaires seraient pensables sans l'imprimerie?
Vocabulaire:
Manuscrit : texte écrit à la main.
Tapuscrit : texte écrit de manière autonome, à l'ordinateur le plus souvent. Ce terme véhicule une connotation d'inachevé, tout comme manuscrit.
Chirographie : écriture à la main avec un crayon ou une plume.
Typographie : écriture à l'aide d'un clavier d'ordinateur ou d'un dactylographe.
Pitonner, tapoter, pianoter. (Varie entre le Québec et la France)
À l'ère de l'informatique personnelle, les premiers logiciels qui se présentent sont des outils relatifs au texte. C'est-à-dire que le produit de l'ordinateur se termine le plus souvent sur du papier. On pense immédiatement au traitement de texte ou en anglais, le traitement de mots. Ce logiciel de base n'a pas besoin de présentation, c'est tout simplement un aide à l'écriture de texte qui permet d'ajouter à la dactylographie traditionnelle les commodités de l'informatique relatives à la révision, la correction, l'insertion, la copie, le déplacement, et surtout la conservation en mode numérique, (voir le prochain module) etc. Avec cet outil on peut écrire une simple lettre ou un gros livre. On a aussi vu plus haut que l'imprimerie permettait la disposition graphique des mots, ce qui est maintenant facilité avec le logiciel de tableau appelé aussi chiffrier parce que c'est souvent en comptabilité que le besoin se fait sentir. On a aussi parlé des listes d'éléments décontextualisés que permet l'imprimerie. Du côté des outils, on retrouve pour ce faire la base de données, qui permet de compiler et de rechercher dans une multitude de fiches semblables, celle qui est désirée à un moment donné.
À cela, il faudrait ajouter les organisateurs d'idées qui permettent de présenter des arborescences dans des sortes de cartographies adaptées à toutes situations. Malheureusement, les logiciels populaires en offrent peu. On pense principalement à un logiciel comme Inspiration, More et certains logiciels qui permettent des présentations en mode plan.
Compétences avec ces outils de réalisation d'écriture traditionnelle.
Est-ce que j'écris? à l'ordinateur?
Est-ce que j'ai besoin d'un-e secrétaire?
Quel est le degré de cette compétence? Est-ce que la technique retarde ou favorise mon écriture?
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Ici
vous avez le choix de lire un des deux textes, soit:
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| Le
texte scientifique: Les textes et les nouvelles technologies: L'hypertexte |
OU
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Le
texte du nerd: Les questions du nerd |
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Ce qui est important de savoir sur l'hypertexte |
Il faut au moins retenir les concepts de nud, lien, map, sentier puisque tout cela va servir dans la technique d'écriture proposée pour écrire en réseau, c'est l'écriture seconde.
Qu'est-ce qu'un nud? Quel est l'équivalent en grammaire?
Quels sont les types de liens?
Sur Internet, les liens sont-ils plutôt référentiels ou plutôt associatifs?
Qu'est-ce qu'une carte (map)? Quelle est la différence avec une table des matières?
Qu'est-ce qu'un sentier? Est-ce qu'une leçon peut constituer un sentier (tour guidé)?
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L'ÉCRITURE
EN MODE HYPERTEXTE POUR LES RÉSEAUX |
Horn explique comment « cartographier » l'information 1- pour en faciliter la démarche analytique (comme Ramus, il y a plusieurs siècles) et 2- pour la représenter de manière à faciliter le repérage et la retention. Les concepts de bloc, étiquette, map et sentier sont retenus.
LE BLOC
A- Le bloc ou « chunk » est l'unité significative qui correspond en littérature au paragraphe. En psychologie cognitive, cette unité se nomme nud, une unité non isolée mais toujours considérée avec le ou les liens qui aident à construire le sens. En informatique et dans les logiciels, on parle du lieu du support en les nommant carte (non une map comme on le voit plus loin), page ou écran. En design informatique, on dit maintenant : panorama d'écran pour désigner un espace d'écran visible en une seule fois sans dérouler, ce qui varie en fonction du moniteur utilisé. En multimédia, le bloc ne désigne pas seulement du texte mais une image, graphique, photo, séquence audio ou vidéo. Toujours dans l'idée de la petite portion bien gérable par la mémoire à court terme.
Le bloc d'information est une unité caractérisée spécifiquement selon le besoin comme un modèle ou gabarit dans une base de données. Le bloc est multimodal, il peut comprendre au besoin du texte, une image, un son, une séquence vidéo, un graphique, un tableau, un ensemble d'icônes, etc. Contrairement au paragraphe, le bloc est systématique et bien caractérisé dans le document. Il est modulaire et précis dans ses fonctions: définition, exemple, causes, illustrations, etc.
Le bloc est une unité commode pour écrire et pour lire. Il est petit, approprié à la mémoire à court terme. On se rappelle que cette mémoire ne peut gérer que sept éléments plus ou moins deux (principe de Miller). Il est facile à déplacer, à réagencer. S'il y a trop d'informations pour un seul bloc, on regroupe les blocs en maps, ce qui correspond à des chapitres dans le monde textuel. Dans ce cas, chaque bloc est représenté par son étiquette ou titre dans le monde textuel.
B- La construction d'un bloc s'effectue selon certains principes :
Morcelage de l'information en portions ou unités gérables
Pertinence par l'expression d'information relative à l'idée principale seulement.
Uniformité (pas de littérature) utiliser les mêmes mots pour les mêmes réalités.
Étiquette, c'est le titre, à chaque bloc ou groupe de blocs appelé map.
Regroupement Quand on retrouve environ sept blocs, on les regroupe en map avec étiquette.
C- Les sortes d'informations dans un bloc. Les blocs ne racontent pas, ils décrivent à partir de grandes catégories
La procédure rapporte les étapes de réalisation d'un objet ou d'un événement fabriqué. C'est la recette en quelque sorte.
Le procédé décrit les événements qui arrivent sans possibilité immédiate d'influencer la situation. C'est comme la météo!
Le concept est une sorte de bloc qui correspond à des définitions, des idées à l'état descriptif.
Le bloc de fait relate des événements arrivés ou possibles, comme dans un journal!
Le bloc de classification organise l'information selon des caractéristiques données en rubrique
Le bloc de principe relate une loi, un théorème, une règle, un axiome, un postulat, une hypothèse, etc.
Il faut dire aussi que toute sorte de bloc est acceptable, il suffit de les composer toujours au même niveau. On retient aussi que les blocs sont représentés spatialement et non en séquence ou déroulement. C'est visuel et fixe.
L'ÉTIQUETTE
L'étiquette correspond à un titre qui permet
d'identifier rapidement un bloc et de le rappeler dans une map.
L'étiquette sert pour l'écriture ou dans la phase d'analyse d'un projet à décrire. Par exemple, on peut se placer un bloc de définition, d'exemple quitte à remplir ce bloc avec le contenu désiré le moment venu.
L'étiquette sert aussi pour la représentation. Alors l'étiquette peut être plus spécifique. Par exemple, au lieu d'avoir comme étiquette définition, on aurait définition de quelque chose comme dans «définition de map»:
Les qualités de l'étiquette sont souvent semblables à celles du bloc.
Claire
Brève
Uniforme, c'est la cohérence ou pertinence. On utilise des étiquettes semblables pour des choses semblables, sinon il y aurait confusion des termes. Par exemple, si on parle de pompe, on ne dit pas une autre fois appareil à succion.
Appropriée, familière, on utilise le terme connu du plus grand nombre et le terme le plus convenable.
LA MAP (Le terme carte créerait de la confusion)
La cartographie dans une map, on évite le mot carte qui désigne une page ou écran, consiste à représenter souvent par placement visuel approprié un regroupement de blocs et les liens entre ces blocs. (Dans une table des matières, le lien est linéaire entre un chapitre et l'autre. Dans une map, les relations peuvent être multiples.
La map obéit aux mêmes lois que le bloc mais elle opère à un niveau supérieur de structure.
Une map regroupe environ 7 blocs. Toujours pour satisfaire aux exigences de la capacité de mémoire et de l'espace d'expression.
Une map ne propose pas en soi de séquence de lecture. Cette question est traitée sous «sentier».
Les maps se hiérarchisent en groupes d'environ sept éléments par map jusqu'à épuisement des blocs.
Le «mapping» consiste donc à structurer la matière comme une carte relie des éléments par importance et distance. Elle propose des points de vue, des sentiers. C'est le prochain terme étudié.
LE
SENTIER
Le sentier est une suggestion de parcours de liens qui conduit de
bloc en bloc selon une pertinence spécifique.
Le sentier organise et séquence les informations selon une fonction donnée. Cette caractéristique devient évidente en considérant les sortes de sentiers comme on le voit plus loin.
Dans l'hypertexte ou le réseau, les blocs sont comme des matériaux disponibles mais c'est le rôle du lecteur de structurer en lisant. C'est un acte de construction du savoir.
La désorientation, la surcharge cognitive et les difficultés de fonctionnement guettent le lecteur-chercheur. Au-delà de la compétence avec la technologie, le parcours des hypertextes ou hypermédias risque de désorienter le lecteur-navigateur qui a de la difficulté à refaire des liens entre des éléments présentés séparément ou de manière non linéaire.
Sortes de sentiers On retrouve une multitude de modes de lecture.
On rapporte ici les types de sentiers les plus utilisés.
Le tour guidé correspond à la leçon du professeur. Comme dans un tour guidé touristique, le professeur fait le tour des points à retenir dans la matière.
Le sentier de classification consiste à considérer ensemble ce qui va ensemble. Il revient à lire un dictionnaire mais si on circule avec des associations de terme en terme, l'intérêt surgit. S'il devient un tour guidé, c'est l'approche paradigmatique qui rend tout professeur endormant et ennuyeux à subir. Le professeur se prend alors pour un chapitre de livre. Il devrait laisser lire!
Le sentier chronologique est proposé sous deux modes : a- selon la mesure du temps, alors on décrit ce qui est arrivé en telle année, puis l'année suivante, le calendrier sert de structure ou b- selon le déroulement de l'histoire, du scénario. Dans ce cas, on suit le déroulement du temps mais seulement en autant que des événements pertinents sont en cause.
Le sentier géographique présente une organisation spatiale d'un contenu avec des schémas, des parcours identifiables visuellement et topographiquement.
Le sentier de structure ressemble à une description architecturale d'un objet. On pense au manuel d'assemblage ou aux questions d'aide en informatique qui devraient être pertinentes et contextuelles à la situation désirée.
Le sentier de décisions consiste à proposer dans une phase analytique les étapes pour parvenir à une réalisation quelconque.
Le sentier de définition ressemble au sentier conceptuel mais il se limite aux descriptions de base. Il peut être ennuyeux.
Le sentier d'exemple est souvent utilisé en lien avec un autre type pour faire ressortir le sens. Il est souvent multimodal soit avec des images, des sons, etc.
Le
sentier «Au suivant» est inspiré du broutage
et de la navigation accélérée qui engendre de
la frustration parce que le sens n'est pas toujours au rendez-vous.
Il faut l'éviter en général car les lecteurs
vont s'en charger pour aller vite mais pour parvenir nulle part.
RÉFÉRENCES CITÉES DANS L'ENSEMBLE DU MODULE
BARTHES,
R., (1970), S/Z, Paris, Seuil.
HORN, R., (1989), Mapping Hypertext, Waltham, MA, The Lexington Institute.
ONG, W., (1982) Orality and Literacy, New York, Routledge.